• Arc Slave - Pscipolnista

                Le Zénith venait de pointer le bout de son nez et Nicholas était harassé par le travail qui lui incombait. Il n’en pouvait plus de labourer ses terres. Et dire qu’on venait souvent lui reprocher que lui, il avait la vie facile. Que lui, au moins, il pouvait se détendre dans la nature et qu’il était tout le temps au Soleil.

                Bien sûr…

                Et il se déshydratait bien plus vite, il multipliait les insolations et il redoutait le moindre petit changement de température. Il faisait une syncope quand une poule commençait  à être malade et risquait de contaminer les autres.

                Oui… Son travail était merveilleux…

    - Monsieur ?

                L’homme tourna la tête.

                Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir une petite fille en contre-jour à seulement quatre pas de lui. Elle avait un merveilleux sourire et un teint de pêche. Elle ne semblait pas assoiffée ou affamé. Ouf ! Pas qu’il ne lui aurait rien donné, juste qu’il n’aurait pas voulu qu’elle tombe dans les pommes là, maintenant.

    - Bonjour ma petite.

    - Bonjour.

    - Qu’est-ce que vous faites ?

    - Je m’occupe de mon champ, comme tu peux le voir.

    - Ah ? Qu’est-ce que vous cultivez ?

    - Oh, un peu de tout… Tout ce qu’on peut trouver en Europe et par-delà.

    - Vous vendez bien ?

    - Hm… Je vends. Rit-il.

    - Je vois… C’est triste. Vous faites un dur travail sous un Soleil de plomb.

    - Oui… Mais que veux-tu, ma petite. Je fais ça parce que j’aime ça mais j’aimerais un peu plus de reconnaissance, quelquefois.

    - Oui, je comprends. Moi, je vous dis que vous faites du très bon travail.

    - Merci beaucoup ! Rit-il.

    - Je serai ravie de pouvoir en goûter un peu quand j’aurais fini.

    - Ce sera avec plaisir. Je peux te faire goûter plein de douceur ! Ma femme fait même une magnifique tarte à la myrtille. Elle en préparera certainement une si tu lui demandes.

                Il s’essuya le front où perlait de la sueur.

    - Vous vivez ici ?

    - Bien sûr. Et toi ?

    - Je vis partout. Répondit-elle.

    - Comment cela ?

    - Je vis ici, là-bas… partout. Sourit-elle.

    - Oh ! Tu es une fille de gens du voyage. Supposa-t-il.

    - Hm…

                Elle s’approcha d’un pas.

    - Dites-moi… Qu’est-ce que vous faites quand il fait aussi chaud que ça ?

    - Je n’ai pas le choix : je dois aller puiser de l’eau. Je pourrais aussi utiliser le robinet mais ça jetterait pas mal d’eau bien potable. Je préfère utiliser l’eau de pluie. C’est plus écologique. Rit-il gentiment.

    - Vous avez raison. On n’a tort de ne pas penser aux dégâts qu’on fait à la nature. Je n’aime pas voir les landes se flétrirent…

    - Je trouve que tu parles très bizarrement. On dirait une petite adulte. Tu as appris auprès de tes parents ?

                Elle plissa les yeux et fit un pas en avant.

    - C’est une vache ? Questionna-t-elle en désignant un animal au loin.

    - Exactement. C’est Berthe, ma chère vache. On l’a depuis bien longtemps. Je crois que j’étais encore tout petit. Dit-il avec nostalgie.

    - Oui, vous n’êtes pas très vieux. Constata-t-elle. Vous êtes mariés depuis longtemps ?

    - Juste deux mois ! Rit-il.

    - Elle va bientôt avoir un enfant ?

                L’homme eut un doux sourire mais secoua la tête.

    - Non. J’aimerais beaucoup. Et tes parents ?

    - Non. Je n’ai pas de parents.

    - C’est triste ça… Souffla-t-il. Tu es avec des tantes, des oncles ?

    - Non. Je vous l’ai dit : je vis ici, là-bas, partout… Je n’ai pas dit que j’étais un gens du voyage. Je n’ai pas dit que mes parents m’avaient appris quoi que ce soit. Je n’ai pas de parents.

                Elle désigna le Soleil d’un coup de menton. Il tourna la tête, jeta un coup d’œil mais grogna alors que les taches virevoltaient à présent devant ses yeux.

    - Mince. Grogna-t-il.

    - Vous ai-je dérangé ?

    - Non, pas du tout. Mais je ne comprends rien à ce que tu dis.

    - Menteur. Souffla-t-elle en s’avançant.

    - Mais non, c’est le Soleil qui m’a gêné, pas toi. Tu ne pouvais pas savoir qu’un idiot comme moi regarderait.

                Il tendit la main et lui ébouriffa les cheveux. Elle remit les mèches dorées en place en le regardant sans la moindre émotion.

    - Que ferez-vous ce soir ?

                Il rit.

    - Ce que ferais ce soir ? Je suppose qu’on prendre le dîner avec Anastasia et qu’on mangera devant la télévision. Les émissions de jeux sont très intéressantes. Sourit-il. On ira certainement se coucher après.

    - Vous êtes un menteur, Nicholas Vilnus.

    - Pardon ? S’étonna-t-il. Pourquoi donc ? C’est ce que nous faisons tous les soirs !

    - Pas tous les soirs. Certains soirs, vous vous disputez. D’autres, vous faites l’amour. Mais ce n’était pas ma première question. Vous êtes un menteur…

                Elle tendit la main où un rayon de Soleil vint se permettre. Ses doigts s’enroulèrent autour et, de ces éclats lumineux, une gigantesque faux apparut. Le visage de la demoiselle se couvrit d’éclats de Soleil.

    - Vous ne rentrerez pas chez vous ce soir ! Condamna-t-elle.

                Sa faux siffla dans les airs, accrocha les rayons chaud et trancha la tête de l’homme. La gamine s’inclina alors que le corps du fermier s’affaissait.

    - Je ne me suis pas présentée.

                Elle prit les pans de sa robe en haillon et fit une référence.

    - Lady Midday, pour vous ravir votre vie. Chuchota-t-elle.

                Les éclats du Soleil la baignèrent et elle virevolta sur elle-même, disparaissant en boule de lumière.

     

     

                Anastasia sortit de sa maison avec un verre d’eau et un chapeau mouillé. Son mari avait encore oublié de se protéger des éclats du Soleil. Elle pesta doucement contre ses habitudes tête en l’air et le rejoignit dans les champs.

                Qu’elle ne fut pas sa surprise de ne pas voir sa silhouette au loin. Elle fronça les sourcils et trottina dans les tourbes à sa recherche.

    - Nicholas ?!

                Elle remarqua quelque chose allongé au sol et cria.

    - Oh non !

                Elle lâcha le verre et le chapeau et courut vers lui, trébucha dans la terre trop sèche et manqua de lui tomber directement dessus.

                Anastasia posa ses mains sur ses joues qu’elle trouva immédiatement chaude. Trop chaude… Sa peau était devenue fortement rouge.

    - Nicholas !

                Elle se pencha sur lui et ne sentit plus son souffle. Où étaient ses battements de cœur ?

                Elle tenta de lui faire un massage cardiaque malgré le Soleil qui tapait sur son front.

                Comment une insolation avait pu lui ravir son mari de la sorte ? Pourquoi le lui dérober si tôt ? Pourquoi n’avait-il pas fait plus attention ?

                Anastasia gémit en le suppliant.

    - Allons… Allons, quiconque faillit à répondre aux questions de Lady Midday finit par perdre la tête.

                La fillette éclata de rire. Mais qui pouvait l’entendre si ce n’était le vent qui se perdaient dans les arbres et qui voguait sur cette scène douloureuse ?


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