• L'autre face

    Cette nouvelle a été écrite dans le cadre d'un concours. Elle était l'essai numéro deux. Le thème : Le bruit.



     

    Dès qu’il eut posé un pied dans l’infrastructure, l’évidence lui sauta à l’oreille. Il ne pourrait pas se débarrasser de ce brouhaha omniprésent.

    Tac tac. Le bruit des pas. Toudoutoudoumtoudoum. Les trains rentrants en gare. Les chuchotis...
    Ce serait la première fois de sa vie qu’il voyagerait sur une rame... Depuis toujours, il n’avait jamais aimé les stations. Il ne supportait les voitures qu’avec grande peine.
    S’il était là aujourd’hui c’était parce que son véhicule était en panne et qu’il devait se présenter à un rendez-vous important dans une autre ville.

    Mais il n’appréciait pas ça. Pour lui, toute gare était tel un véritable Pandémonium.

    Le chahut des familles, des valises à roulettes sur le sol, des enfants qui criaient, des communiqués qui résonnaient dans le bâtiment et le bruit des convois.

    – Attention, attention ! Le train en provenance de Bruxelles va rentrer en gare, voie 7.

    Il sursauta, la main sur le cœur tant le tumulte l’assaillait. Il n’eut même pas le temps de calmer ses oreilles à cette annonce tonitruante qu’une seconde retentissait à son tour, noyant un instant le fracas assourdissant ambiant.

    – Le train en provenance de Liège aura vingt minutes de retard.

    Il savait son travail plus important que son dégoût du bruit.

    Ainsi, il réprima sa répugnance pour se diriger vers les comptoirs. Il gémit en voyant le nombre de personnes qui s’accumulait. Il remit ses cheveux noirs en arrière. Teinte qui valorisait sa peau pâle et ses yeux bleus.
    Il attendit le plus patiemment possible, vérifiant que son costume n’était pas plié et contrôlant souvent qu’on ne lui volait pas son attaché-case.

    Tant de stratagèmes pour essayer de se soustraire aux tac tac des pas. Aux cris d’enfants, aux discussions sans fin. Aux annonces. Aux boums qu’il percevait comme une explosion lorsqu’un passager prenait une cannette dans un distributeur. Et le tic tac de la trotteuse d’une vieille horloge. Tchac lance la machine lorsqu’elle crache le billet de train. Et tchouc tchouc font les touches enfoncées par les guichetiers. Les discussions se mélangent. Rien ne se dissocie au charivari.

    Il avait mal au crâne.

    Lorsque ce fut enfin son tour, il ne fut plus sûr de vouloir continuer. Prendre un de ces trains bruyants ? Il devait bien ! Ainsi, il s’avança et se pencha vers le guichetier.
    – Bonjour, j’aimerais une place pour aller à Bruxelles, informa-t-il.
    L’employé hocha la tête.

    – 8€50, annonça-t-il.

    Était-il obligé de parler si fort ?

    Il se crispa lorsque le tchac lui fut jeté au visage peu avant qu’on ne lui tende son ticket.

    – Voie 2, le prochain par dans cinq minutes.

    Oui. Le guichetier parlait horriblement très haut.

    L’homme le remercia et se força à s’y rendre. Il grimaça plus fort encore en remarquant la foule de personnes parlant et discutant. Il grinçait des dents, excédé.
    Plus le temps passait et plus il avait la sensation qu’il devenait fou.

    Il ne fut pas plus rassuré de voir son train arriver, car il survint avec fracas sur les rails. L’homme porta sa main à son front en entendant le bimtchack des portes s’ouvrant.

    Pourrait-il survivre à cette épreuve ?

    Il s’approcha d’un des compartiments mais s’empressa de s’éloigner pour laisser descendre une foule bruyante. Il patienta jusqu’à ce qu’il ne risque plus de faire subir les vagissements humains à ses tympans. Il rentra alors et se chercha un siège. Il s’en dénicha une, in extremis.
    Dans ce wagon, il n’y avait que deux places libres, la sienne et celle à côté de lui. Bien content de se l’être trouvée, l’homme se permit un soupir de joie malgré le bruit omniprésent.

    Les autres voyageurs qui discutaient avec animation.

    Les jeunes qui mettent leur musique trop fort et dont on distinguait les basses, les grésillements.

    Les badauds qui parlent au téléphone et hurlent pour se faire entendre.
    Le train démarra dans une cacophonie sourde et l’homme retint un nouveau soupir agacé. Pendant que le train roulait, l’homme continuait de percevoir le vacarme, les roues sur les rails.

    S’il pouvait seulement se comprimer les oreilles. Mais il risquait de passer pour une personne folle, ce qui l’horrifiait au moins autant que ces sons incessants !

    – Excusez moi ?

    Quelle force dans cette voix ! Les mots se perdirent dans le fracas du moteur et du métal qui s’entrechoquait.

    Il retint un soupir, trop bruyant, et s’obligea à tourner la tête.
    Mais il se figea sur place. C’était une femme, grande, peut-être un mètre quatre-vingt qui se tenait là devant lui. Elle avait la peau pâle et ses joues étaient parsemées de tache de rousseur douce et exquise. Ses longs cheveux roux ondulaient légèrement jusqu’au bas du dos. Ses yeux tendres et verts posés sur lui et son ensemble – un tailleur gris – était légèrement échancré mais pas vulgaire.

    – Vous pouvez répéter ? chuchota-t-il, rougissant un peu de honte.
    – Je peux m’asseoir ? Je cherche des places partout.
    – Bien sûr, sourit l’homme d’affaires, d’ores et déjà conquis.
    La femme sourit doucement et s’installa à côté de lui. Elle jeta un coup d’œil vers la fenêtre et eut un léger sourire avant de regarder en face d’elle. L’homme continuait de l’observer.

    Où était le tohu-bohu ? Où était le tumulte sans fin ? Les conversations inutiles mais haut-perchée ? Les cris des animaux à l’extérieur, le vroumvroum assourdissant du train ? Où était la clameur de son cœur qui l’agaçait lorsque le silence se faisait, à l’égal de tout autre son.

    L’homme ne sut pas pourquoi mais il se pencha un peu vers elle.
    – Je m’appelle Armand André.
    – Oh, enchanté, sourit la femme.
    – Le train est plein, chuchota Armand, se sentant de plus en plus bête.
    – Oui. J’ai bien cru devoir rester debout, sourit-elle. Encore heureux que vous aviez cette place.
    – Oui, murmura Armand.
    – Où allez-vous ?
    – Wavre... et vous ?
    – Moi aussi, répondit-elle avec un sourire.
    – Pour quelle raison, si je peux vous demander ?
    – Je vais voir ma sœur.
    André hocha la tête et continua de la regarder, de plus en plus conquis. Il y avait quelque chose qui se dégageait de cette belle rousse. Elle était belle, sa voix était superbe même si elle paraissait un peu haute. D’autres sensations s’échappaient, mais il n’aurait su savoir quoi exactement.
    – Moi, c’est pour le travail, informa l’homme avec un léger sourire.
    – Dans quoi travaillez-vous ?
    – Les affaires... je suis à la tête d’une firme, annonça-t-il.
    – Laquelle ?
    Pour toute réponse, Armand tira une carte de sa poche. La femme la prit. Elle jeta un nouveau coup d’œil vers la fenêtre et remarqua qu’ils arrivaient bientôt.
    – Je vois votre numéro... peut-être que je vous appellerai, sourit-elle.
    – Ce serait... parfait... en fait... je ne vous ai pas demandé votre nom...
    – Nora Disturbance.
    L’homme sourit alors que le train s’arrêtait dans la gare. Disturbance, comme Disturbence qui pouvait se traduire « bruit » de l’anglais. À croire que son destin était d’être mis en contact avec le bruit parce que c’était cette même nuisance sonore qui lui avait offert, sur un plateau, une femme pour laquelle il craquait déjà.

    © Angelscythe 2012


  • Commentaires

    1
    Vendredi 8 Mai 2015 à 23:19
    je viens en réponse à ta demande de critique, sur le forum ekla. dans ton récit, il y a des expressions lourdes, des tournures de phrase laborieuses ( genre "il n'aurait pas su savoir quoi"). à côté de ça je regrette que tu n'aies pas assez détaillé certaines descriptions. par exemple la gare, elle est refaire depuis peu, mais pour autant on ne sait pas à quoi elle ressemble. autre exemple, si le thème imposé était le bruit, alors j'aurais aimé trouver des descriptions plus précises et plus fournies des bruits qui incommodent ton personnage, ou même l'effet que cela provoque sur lui (stress, mal de crâne, acouphène). des grincements, des chuintements, du vacarme, du fracas, des bruits répétitifs, peut-être pouvais-tu utiliser des onomatopées? les annonces dans la gare, tu aurais pu en énoncer une, ou plusieurs, pour nous mettre dans l'ambiance? concernant la fin, oui c'est mignon qu'il ait rencontré une femme dans le train en bravant son aversion pour le bruit, et justement, tu aurais pu souligner le fait que lorsqu'elle arrive, il ne remarque plus les nuisances sonores autour de lui tant il est sous le charme de la femme. généralement quand on dit "je suis à la tête d'une firme", c'est rarement une marque d'humilité, c'est même exactement le contraire! ^^ et pour finir, attention aux fautes d'orthographe (j'en ai pas trouvé beaucoup cela dit) ou aux changements d'orthographe sur les noms en cours de récit (Disturbance qui devient Disrtubence). je te dis tout ça dans l'espoir que ça te permettra de progresser; bien-sûr je parle aussi en fonction de mes goûts en matière d'écriture et tu es libre de ne pas adhérer à toutes mes suggestions. bon courage! :)
    2
    Samedi 9 Mai 2015 à 02:30

    Merci pour ce commentaire très constructif ! Ça fait toujours plaisirs ! Et je trouve que tes conseils sont très bons ! Je sais qu'à l'époque j'avais un quota de mot maximum mais maintenant que je ne l'ai plus, je pourrais, en effet faire tous ces rajouts ! Je garde précieusement tes commentaires pour reprendre cette histoire dès que possible et l'améliorer =3

    Merci beaucoup ^^

    3
    Dimanche 31 Mai 2015 à 17:50

    Voilà ! J'ai enfin eu le temps d'arranger le texte selon vos conseils ! (et je vous remercie encore infiniment pour ça !)

    J'en ai profité pour mettre le maximum de synonyme de "bruit" =D

    (Par contre je déteste les descriptions alors j'ai joué la lâcheté et j'ai discrètement supprimé le fait que c'était une nouvelle gare (honte sur moi))

    Merci encore ^^

    4
    Dimanche 31 Mai 2015 à 21:07
    aaaah, je me croyais à la Gare du Midi! :D l'ambiance et l'effervescence du lieu sont bien mieux rendues. on sent davantage le stress de ton personnage. attention, tu a écris "le train en provenance de Liège aura 20 minutes de RETOUR", au lieu de "retard" ;)
    5
    Dimanche 31 Mai 2015 à 21:25

    Recorriger !
    Je suis contente que les corrections rendent bien ! Au moins ça me motive encore plus à reprendre les autres textes !
    Merci encore, encore, encore ! (et surtout d'avoir pris la peine de relire ^^)

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