• La Chimère : Chapitre 11

    Chapitre 11 : L’avis et la vérité.

     

                Jean-Marc était sous sa douche lorsqu’il ressentit l’impression d’être épié. Il se passa la main sur le visage avant de regarder les rideaux. Même sans ses lunettes, ils lui semblaient suffisamment opaques. Bien que…

    - Sullyvanne ! Vas-tu sortir de cette salle de bain ?

    - Mais je m’ennuiiiiie ! J’ai déjà lu vingt fois le Prologue de l’histoire de Mathias. J’ai déjà regardé toutes tes couvertures… y en a une qui est obscène et pas mon genre.

    - Regarde la télévision.

    - Elle est coupée !

    - Regarde par la fenêtre.

                Il entendit Sullyvanne soupirer. Il eut l’impression qu’elle s’éloignait. Il soupira à son tour, content qu’elle soit partie. Il termina sa toilette.

     

                Faustine venait de s’installer dans le divan. N’en ayant que faire de l’émission qui pouvait bien y avoir, elle avait mis un programme qui parlait des fleurs afin de calmer Mathias. Le travesti regarda le programme avant de se tourner vers sa créatrice. Celle-ci avait préparé une tasse de café et avait le manuscrit de Jean-Marc juste à côté.

    - Faustiiiiiiiiiine ?

    - Quoi ?

    - Je peux avoir une autre tenue ? Demanda Mathias.

    - Quel genre de dépravation tu veux encore me faire faire ? Nargua la femme.

    - Je veux juste une nuisette blanche et noire. Alleeez, sort ton clavier magique !

                La professeur attrapa son clavier déconnecté. La force de Mathias s’était insinué dedans à tel point qu’il agissait réellement sur lui. Il suffisait juste qu’elle écrive et ça s’appliquait au travesti. C’était ce qu’il avait fini par appeler le « clavier magique ». Elle aurait pu le faire sur un simple bloc-notes mais l’un et l’autre trouvait cela plus amusant ainsi.

                Elle commença alors à taper des mots. Les vêtements de Mathias changèrent dans une lumière un peu rosée. Il se leva et tourna sur lui-même, ravi de ses nouveaux vêtements. Vu comme elle était courte, Faustine se félicita de ne pas avoir oublié la culotte pour une fois.

    - Alors… prêt à lire ce manuscrit ? Demanda-t-elle.

    - Ouiii !

                Mathias vint s’asseoir en tailleur à côté d’elle. Il mit ses mains sur ses genoux puis attendit qu’on lui fasse la lecture.

     

                Jean-Marc sirota son thé au fruit rouge. Il renifla dédaigneusement pour la cinquième fois en moins de dix minutes.

    - Quoiiiii ?

    - Mathias est intéressé par un homme…

    - Mathias se prend pour une fille. C’est normal qu’il préfère les hommes… enfin « normal ». Faut pas que je disse ça, je suis mal placée pour parler de normalité et tout…

    - De quoi tu parles ?

                Sullyvanne dut se rapprocher de lui. Du moins, il en eut la sensation.

    - Je suis lesbienne…

    - Hein ?

    - J’aime les femmes… t’as un micro-cerveau ou quoi ?

    - Je n’ai jamais écrit ça ! S’insurgea Jean-Marc.

    - Non… mais tu l’as suffisamment sous-entendu puis… j’ai décidé de le devenir aussi. Je préfère ça.

    - Décidé… De quoi tu parles ?

    - J’aime pas les garçons. Je préfère les filles… je suis devenue lesbienne. Répondit-elle d’un air détaché.

    - Je… ne… m’attendais pas à ça…

    - Il faut que tu apprennes à lire entre les lignes.

    - Entre les lignes ? De ce que moi j’ai écrit ?

    - Tu n’as pas la main basse sur tout… je suis une partie de l’histoire. Je la guide autant que toi.

    - Tu la guide…

    - On écrit à quatre mains ! Je t’insulte des idées, des sentiments… Mathias fait la même chose avec Faustine. Discuter avec elle aurait dû t’apprendre à ce genre de chose.

    - Ça me semblait toujours aussi bizarre.

                Il y eut un grésillement dans l’air. Il fronça les sourcils et regarda par là. Pendant un instant, il eut l’impression de voir une silhouette de jeune femme. Il se redressa.

    - Sullyvanne ?

    - Quoi ?

    - Tu apparais ?

    - Si tu écoutes mes explications sans me critiquer ça peut faire un lien.

    - Alors je vais recommencer à te critiquer.

    - Tu es méchant, tu m’énerves ! Je boude !

    - Au moins je lirais tranquillement.

     

    1 semaine plus tard.

     

                Jean-Marc vint se mettre devant le bureau de sa collègue. Celle-ci terminait de corriger un devoir. Mathias était assis sur le bureau, comme bien souvent. Et comme chaque jour, il avait une tenue différente. Cette fois, une robe à paillette rouge, fendue sur le côté et des spartiates hautes. Les rubans de sa chevelure y étaient accordés.

    - J’ai fini…

    - Moi aussi. Répondit Faustine en souriant.

    - Honneur aux femmes.

    - J’ai trouvé le texte et le style bon… mais ça manque d’émotion et Sullyvanne a raison. Navré de te l’apprendre.

    - Hahaha ! Claironna la demoiselle.

                Mathias applaudit en souriant. Faustine sortit une liste des soucis qu’elle avait notés. Ça faisait une quinzaine de pages, au bas mot. Jean-Marc pinça les lèvres puis lui prit le paquet.

    - Merci. Ton texte… est bon. Il y a de bonnes idées, une bonne approche… Mais un peu trop d’homosexualité !

    - Euuuuh ? Dirent Mathias et Faustine d’une même voix.

    - Un baiser. Des allusions. C’est de trop !

    - Faites pas attention. Répondit Sullyvanne. Il crie toujours que je suis hétérosexuel et qu’il me le prouvera !

    - Peut-être… toujours est-il que… je veux bien voir s’il est possible de faire une suite. Marmonna-t-il, de mauvaise foi.

                Et pourtant, un éclair frappa la pièce. Il tourna la tête pour voir une silhouette apparaître.

     

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