• La Chimère : Chapitre 5

    Chapitre 5 : Je le ferais… et toi ?

     

                Jean-Marc était dans sa douche, réfléchissant à tout ce qui pouvait bien lui passer en tête. Son cerveau sautait d’une idée à l’autre sans qu’il n’y prête vraiment attention. La salle de bain avait toujours été, à son sens, le meilleur endroit pour réfléchir. D’aucun corroborait cette idée lorsqu’il entendait parler des lieux où les gens cogitaient le plus.

                Il ferma l’arrivée d’eau, sortit sur son tapis de bain et commença à se sécher.

    - Alors ?

    - Sullyvanne !!! Ne vient pas dans la salle de bain quand je me lave !! Cria Jean-Marc, le cœur battant la chamade.

                Il s’empressa de mettre une serviette autour de ses hanches.

    - J’suis dans ta tête… je peux difficilement faire autre chose, tu sais. Nargua-t-elle. Mais de toute façon, je ne veux pas voir « ça ». Berk ! Commenta-t-elle.

    - Que veux-tu ? Encore ? S’agaça Jean-Marc.

    - Tu pourrais être plus gentil. Je veux seulement t’aider, tu sais ?

    - M’aider en quoi ?

                Il se sécha les cheveux avec une autre serviette puis essuya son corps sans retirer celle autour de ses hanches. Il semblait vraiment croire que Sullyvanne pouvait regarder son anatomie si elle le voulait.

                Mais comme elle l’avait souligné, encore fallait-il qu’elle le veuille, justement.

    - À écrire la suite.

    - Nous en avons déjà parlé… Dit Jean-Marc en enfilant son caleçon. Il n’y a pas de suite.

    - Jouons à un jeu. Dit Sullyvanne.

    - Bien, bien… peut-être que tu me laisseras tranquille après.

                Il entendit la voix dans sa tête chantonner. Presque cruelle. Il l’ignora, ôta la serviette et s’habilla rapidement.

                Il se rendit dans la cuisine pour se préparer une tasse de thé rouge puis prit son petit distributeur de nicotine. Avec une personne aussi énervante que Sullyvanne, il en aurait grandement besoin.

                Il tira une longue bouffée avant de regarder la fenêtre se couvrir de buée. Attendant que sa création ne prenne la parole.

    - Alors ? Demanda-t-il, lassé d’attendre.

    - Ah oui ! Bien… on va prendre petit à petit les éléments de ton histoire et voir si ça va coller…

    - Coller à quoi ?

    - À moi !

                Jean-Marc se passa la main sur le visage. Qu’est-ce qu’elle racontait encore ? Bien sûr que ça lui correspondrait puisqu’il avait écrit cette histoire et qu’il avait tout amené pour que ça arrive à ce point.

                Il ne pouvait pas admettre qu’il ait raté quoi que ce soit dans quelque chose qu’il avait créé de toute pièce. Le monde. Les personnages. Tout venait de lui. Ainsi, tout ce qu’il y avait fait était forcément bon.

                Bien que le terme « cohérent » aurait probablement été mieux.

    - Bien… à la fin de l’histoire, qu’est-ce que tu penses qui va arriver ?

    - Tu utilises ta magie noire pour ouvrir la Porte des Mondes et retourner dans le tien. Evidemment. Tu retrouves tes parents, pas une seule seconde ne s’est passé, ils ne se rendent pas compte de ton absence et…

    - Et, au court de l’histoire, tu expliques que le temps ne s’écoule pas de la même façon mais que je sais que déjà quelques heures vont s’écouler. Je m’inquiète pour ma mère. C’est d’ailleurs la première fois qu’on en parle dans ton histoire… Rectifia Sullyvanne. Encore heureux que je suis là pour te le rappeler.

    - Merci… Bien, ta mère s’est rendue compte de ton absence et ne croit qu’à une vulgaire fugue.

                Il entendit un léger soupir. Il tira sur sa fausse cigarette, s’envoyant une dose doucereuse de nicotine dans les poumons.

    - Mais… tuuuuuut ! Fit-elle avec une voix de buzzer digne des jeux télévisés.

                Jean-Marc n’eut qu’un léger sourire face à cette pitrerie.

    - Non. Ma mère peut penser à une fugue, oui. Mais parce que je ne reviendrais pas.

    - J’ai dit que…

    - Mais moi, je n’en ai pas envie ! Je veux rester dans ce monde. Il y a là des amis que je perdrais, moi qui n’en ai pas un seul dans la « vraie vie ». Pourquoi je reviendrais ?

    - Pour tes parents ! Sourit Jean-Marc.

    - Je suis une adolescente de quinze ans. D’accord j’aime mes parents mais c’est tout ce qui me rattache à la vraie vie. Il y a Llan… Le peuple d’Efrem-Suti… les gens que j’ai rencontré… ceux que j’aime profondément… et les pouvoirs ! Je ne suis qu’une adolescente ! Bien sûr que je veux garder mes pouvoirs !

    - Soit… imaginons que tu veuilles rester là-bas… Et bien, ça fera une fin ouverte et le lecteur choisira ce qui lui convient le mieux.

                Jean-Marc versa l’eau chaude dans sa tasse lorsque la bouilloire électrique fit un « tac » caractéristique. Il remua un peu sa cuillère dans le breuvage brûlant.

    - Tu penses vraiment que tu peux faire ça ? Alors qu’il y a ma mère.

    - Ta mère ? Que veux-tu que j’en fasse… on dit qu’elle t’aime, qu’elle est protectrice. Très bien. Mais après quoi ? Ah oui… on mentionne qu’elle se fait une manucure une seule fois l’année, avant le repas anniversaire avec ton père. Un passage inutile que j’ai supprimé dans la version finale d’ailleurs. Dit l’homme en jetant un sucre dans le thé.

    - Un détail qui montrait que ma mère aimait mon père. Releva Sullyvanne. Mais voilà le problème… tu trouves ma mère inintéressante… Mais Shona, ma mère, a plein de potentiel ! Puisque maman est protectrice, elle fera tout pour me retrouver ! Si je tarde, ‘man deviendra un personnage très intéressant ! Tu peux faire beaucoup avec elle si tu voulais le voir ! Et… d’ailleurs ! Tu as laissé beaucoup de personnage de côté ! Pesta-t-elle.

                Jean-Marc commençait à être lassé de ce petit jeu. Lassé que sa création lui crie dessus de la sorte. Il retira sa boule à thé de la tasse pour la vider puis la mettre à lavé. Il but alors une grande gorgée, laissant Sullyvanne passer de nombreux personnages.

                Il était à la moitié du breuvage lorsqu’il entendit un nom qui retint son attention.

    - Qui ?

                Sullyvanne rit nerveusement.

    - Njall ! Tu ne te souviens pas de lui ? Dans les premiers chapitres ! C’est lui qui a fait de moi une vraie Efrem-sutienne ! Il m’a protégée et à été aspergé de napalm… tu avais trouvé ça très intéressant.

    - Ah… mais lui, il ne sert qu’à ça… puis, il est à l’hôpital…

    - Pas intéressant, à tes yeux ?

    - Absolument pas.

    - Et pourtant, il l’est plus que tu le crois. Répondit Sullyvanne, tranchante. Tu as commencé à créer son histoire… il a comblé les trous… Il est devenu quelqu’un. De très important ! Certifia-t-elle.

    - C’est un personnage défiguré… il fera tâche dans un roman. Les personnages doivent être beaux. Expliqua Jean-Marc.

    - Njall est très intéressant. Continua la voix dans sa tête. Et rien ne t’oblige à faire des personnages beaux qui ont toutes leurs capacités physiques.

    - J’ai dit que je ne ferais rien. L’histoire est parfaite ainsi. Je ne veux plus en parler ! Décréta Jean-Marc.

    - Bien, bien…

                L’homme soupira en terminant de boire. Voilà qui serait mieux si la demoiselle acceptait d’arrêter de l’embêter. Si elle pouvait sortir de sa tête, ce serait encore mieux.

    - Je serais ton pire cauchemar… Souffla Sullyvanne.

     

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