• La loi de Nietzsche P1 : Chapitre 12

    Chapitre 12 : Entrée dans le monde.

     

                Itzal était impatient. Il sautillait sur place alors que le bruit de la voiture des Ivanof se faisait entendre. Il avait un bonnet blanc visé sur la tête, puisqu’il faisait tout de même plus froid sur Terre que sur Erret, surtout en ce moment de l’année, et une petite mallette décorée à l’effigie d’un célèbre dessin animé terrien.

    - Soit patient… Dit Vladimir.

    - J’ai… hâte.

                Vladimir lui tapota la tête. Il était ravi que le garçonnet fasse des efforts pour parler leur langue, même s’il avait du mal à faire des phrases d’un seul coup. Mais Itzal n’était pas tant ravi de parler cette langue. Elle était toujours très dure pour lui et il se sentait mieux en pouvant parler sa langue natale.

                On sonna enfin à la porte. Itzal s’empressa d’ouvrir il sauta dans les bras d’Ivan dès qu’il le vit. Le garçon rit en le serrant à son tour dans ses bras. Vladimir les avisa d’un œil circonspect.

                Il leva les yeux pour voir le père Ivanof qui se tenait dans l’encadrement de la porte.

    - Merci de l’emmener. J’ai encore beaucoup de travail.

    - C’est tout à fait normal et ça leur fait plaisir.

                Le père regarda les petits partirent vers la voiture. Il sourit de plus belle et revint vers son patron.

    - Nous le ramènerons sans doute après le goûter que les enfants puissent encore être ensemble un petit peu.

                Vladimir ferma la porte, faisant sursauter Ivan. L’homme l’attrapa par le col, la main tremblante.

    - Ce petit est à moi ! Ne croyez pas pouvoir en user !

    - Ivan est son ami… Justifia l’homme, tremblotant.

    - Faites attention. Je ne me répéterais pas. Vous ne l’accaparez pas !

                Ivan opina lentement. Il ouvrit la porte à tâtons et sortit précipitamment. Vladimir était fou. Fou à lier. Il sourit péniblement aux deux garçons qui attendaient devant la portière. Il ébouriffa les cheveux de son fils avant de les faire rentrer dans la voiture. Les lampadaires commençaient à se fermer comme le jour se levait. Itzal continuait de regarder partout avec fascination. Même s’il était dans ce monde, assez horrible, depuis un mois et demi à présent. Il pensait toujours à ses parents, à sa sœur. Il rêvait d’eux parfois.

                Il voulait être avec eux. Mais il n’avait pas envie pour autant de perdre son ami, son meilleur ami, son seul ami. Son tout.

                Il prit la main d’Ivan dans la sienne et lui montra un chien errant avec les yeux émerveillés. Le garçon rit doucement.

    - On devrait t’offrir un hamster ! Rit Ivan-père.

                En espérant que Vladimir ne le tuerait pas pour ça. Il craignait vraiment que l’homme puisse le tuer, aussi aisément qu’on envoyait une carte postale. Même pour ce petit achat insignifiant qu’était un hamster. C’était une race qui avait retrouvé l’état sauvage et qui courait les rues à présent, même si en trouvait encore beaucoup dans les maisons. De toutes les couleurs.

                Il y avait à présent des bêtes de vraiment toutes les couleurs grâces aux modifications génétiques.

    - J’aimerais… bien… un hamster. Dit lentement Irzal.

                Ivan-père lui sourit.

                Bientôt, il gara la voiture devant l’école. Il vint ouvrir la portière et aida Itzal à descendre. Ivan vint se saisir de la main de son ami.

    - Occupe-toi bien d’Itzal. Il risque d’être accaparer par tout le monde. Rappela Monsieur Ivanof à son fils.

    - T’inquiète pas, papa ! Tu peux me faire confiance !

                Alors qu’il disait cela, l’enfant put remarquer que des regards curieux leur étaient adressés. Quelques professeurs eux-mêmes s’approchaient. Dans la foule, certains petits étudiants affirmaient qu’ils devaient « toucher l’alien parce que leur parent leur avait dit ».

    - Viens Itzal. J’espère qu’on aura court de dessin aujourd’hui.

    - Pour… le fusain… ? Demanda Itzal, tout sourire.

                Le fusain, il connaissait. Il y en avait dans son monde. Pouvoir user de fusain lui rappellerait plus fort encore sa mère et son père ainsi que sa sœur. Malheureusement, il avait beau être jeune, il savait que ça ne le ramènerait pas pour autant là-bas.

                Mais il pouvait espérer.

                L’espoir faisait vivre.

     

                Dans son laboratoire, Vladimir travaillait activement. Par mesure de sécurité, il préférait faire ses expériences sur autre chose que lui-même. Sur de petit amphibie tel que des grenouilles. Il n’aurait pu user de salamandre de peur qu’elles se régénèrent toutes seules. Il aurait pu user de souris ou de rat, mais comme tous les autres animaux, ils avaient subis beaucoup de modifications génétiques et ceux disponibles en grande surface n’étaient plus bons pour ce genre de travail.

                L’homme poussa un récipient emplit d’hydrogène avant de s’emparer d’une pipette dont il avait besoin. Il aspira un liquide rose et l’introduit dans le corps de la grenouille. Il lui coupa une patte sans somation. Aucun cri ne parvint. Ce devait être la preuve que les animaux ne pouvaient ressentir la douleur.

                La patte ne repoussa pas.

                Vladimir s’éloigna et baissa son pantalon. Sa jambe avait presque retrouvé son apparence normale. Comme s’il n’avait jamais perdu de muscles de toute sa vie. Il avait beau être en présence d’Itzal, il ne guérissait pas plus vite. Heureusement, ses poumons, eux, avaient vraiment cessé de le faire souffrir.

                Il se rhabilla, sortit de la pièce et alluma une cigarette. Qui se priverait de quelque chose d’aussi agréable alors que le cancer disparaissait en présence d’un petit miracle comme était son pupille ?

     

                Ivan entraîna Itzal à sa suite, l’arrachant aux yeux grands ouverts de leurs camarades de classes. Tous voulaient le toucher, lui parler, essayer d’entretenir un lien avec lui. Mais l’ancien petit myope ne laissait pas faire, à cœur de son rôle. Ils coururent vers la voiture des Ivanof et Ivan le fit rentrer. L’extra-terrestre s’attacha en gémissant un peu, quelque peu bouleversé par les événements. Il n’attirait jamais l’attention avant. Maintenant, c’était toujours l’inverse.

                Ivan-père les emmena à l’animalerie, lançant fréquemment des regards meurtriers vers l’école. Ils pouvaient respecter Itzal tout de même ! Ce n’était qu’un enfant !

                Il se gara bientôt devant le petit bâtiment sobrement noté « Galène ». Il donna deux billets à son fils, discrètement, et les laissa rentrer dans l’établissement.

                Ivan emmena son ami jusqu’à la grande cage qui contenait tous les hamsters.

    - Tu… tu peux le choi… choisir… moi je… je sais pas… Dit-il les yeux grands ouverts.

    - Alors… va avec papa !

                Le garçonnet opina et il rejoignit l’homme qui le prit par l’épaule. Ivan regarda dans la cage mise sous verre puis il vint parler à un vendeur. Il donna l’argent à l’homme qui lui confia une petite cage déjà équipée, un peu de nourriture et puis qui vint chercher un animal dans l’enclos. Tout content, Ivan vint apporter le tout à son ami, trépignant d’impatience.

                Celui-ci prit la boîte où on entendait gratter. Sous l’œil avisé d’Ivan-Père, il ouvrit le dessus et regarda dedans avec soin. Se tenait, dans le fond, un tout petit rongeur. Mais il était d’une couleur particulière.

                Celle de l’arc-en-ciel.

                Itzal sourit et serra son cadeau contre lui. Les deux Ivan sourirent de le voir ainsi. Au moins, ils parvenaient à lui donner un peu de joie de vivre.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :