• La loi de Nietzsche P1 : Chapitre 14

    Chapitre 14 : Déménagement.

     

                Aurea sortit de l’erutiov. Elle regarda le noimac de déménagement qui se garait pas très loin de leur nouvelle maison. La femme vint vers Amator qui aidait leur fille à sortir du véhicule. Elle serrait contre elle sa peluche ornithorynque tandis qu’à côté, le vrai animal grognait dans sa caisse de transport.

    - Nous n’aurions pas dû déménager ! Attaqua immédiatement la femme. Ça n’avait pas été décidé au suffrage général !

    - Chérie…

    - Imagine qu’Itzal revienne ! Il nous cherchera là-bas et pas ailleurs. Et il ne pourra même pas aller se réfugier chez Maurus, il est mort !

    - Alors, il ira se réfugier chez Lónan, malgré tout ce que tu penses de lui. Itzal n’est pas stupide, il saura s’y retrouver.

    - S’il n’y arrivait pas ? Gémit-elle.

    - Fais-lui confiance. De toute façon, lorsque cet immense noiva est arrivé, tout le monde a été prévenu. S’il revient, on ira à sa rencontre.

                Aurea ne croyait pas un mot de ce que disait son époux mais elle s’obligea à opiner et à sourire.

                Elle vint prendre sa fille dans ses bras alors que son mari emmenait Boule de suie dans la maison. Il le libéra dans une pièce fermée pour qu’il ne puisse pas s’enfuir puis il vint aider les déménageurs à tout placé dans leur nouvelle maison. Au moins, il y avait un beau ciel dénué de nuage rose. Il n’y aurait pas de pluie acide avant un petit moment.

     

                Le lendemain, Senka descendit les escaliers et elle rejoignit sa mère, qui terminait son maquillage, à la réverbération d’une bougie posée sur la table.

    - Bonjour, ma chérie. Sourit péniblement Aurea.

    - Bonjour. Itzal n’est toujours pas là, maman ?

                La femme secoua la tête, un sourire figé aux lèvres. Elle ne voulait pas se mettre à pleurer. Elle ne devait pas se montrer faible devant sa fille. Elle n’avait pas besoin de cela, tout au contraire.

                Amator vint les rejoindre, Boule de suie le suivant en grognant. L’homme soupira et se tourna vers l’animal de compagnie.

    - Je sais que tu n’es pas content, mais c’est comme ça et pas autrement ! Et tu ne sortiras pas avant un moment, mon vieux !

                Dédaigneux, l’ornithorynque s’éloigna en agitant la queue.

    - Je vous jure… ces animaux de compagnie ! La prochaine fois, on aura une taupe étoilée !

                Aurea n’eut qu’un faible sourire. Ce sujet de « dispute » les avait toujours rapprochés avant, mais ce n’était plus le cas à présent. Amator sentait toujours un regard de reproche vers lui lorsqu’il parlait à sa tendre aimée. Il savait que certains de ses amis avaient perdus leur couple avec leur enfant. Il craignait que ça arrive pour eux aussi.

    - Je vais amener la petite à l’école.

                Aurea opina faiblement. Elle se leva et vint embrasser son mari. Comme si elle avait sentit ses inquiétudes et qu’elle voulait lui prouver que tout irait bien. Elle se serra un instant contre lui.

                N’était-il pas l’amour de sa vie ? Le seul et unique qui ait vraiment compté à présent, à part ses enfants bien sûr. Mais d’une autre façon.

                Amator la resserra doucement contre lui. Il posa un baiser sur son front et lui offrit un regard reconnaissant. Il prit sa fille dans ses bras et sortit avec elle, vérifiant la clarté du ciel. Il ne prendrait pas le risque de remettre sa petite en danger une seconde fois. Si sa femme perdait un autre enfant, elle ne s’en remettrait pas.

                Il emmena sa fille dans l’erutiov et ils partirent vers l’école. Si avant, ils pouvaient y aller à pied, dans cette ville l’école était bien trop loin. Ainsi, il devrait l’emmener et la rechercher tout le temps. Mais pour l’instant c’était encore possible puisqu’il avait un travail à trouver. Le fait de devoir regagner le centre-ville était en soi une opportunité. Il pourrait se présenter un peu partout.

                Il déposa alors sa fille à l’école, souriant de toutes ses dents. Il lui posa un baiser sur le front et lui caressa doucement les cheveux.

    - Allez ma chérie… bonne rentrée. Écoute bien tes professeurs et suis leurs conseils. Fais-leurs confiance, ne reste surtout pas dehors quand il pleut, tu te souviens ?

    - Oui, papa.

    - Essaie de te trouver un ami… il t’aidera beaucoup ma chérie.

    - Accord…

                La fillette sourit, serrant toujours l’ornithorynque dans ses bras. Elle partit en trottinant. Elle regarda autour de lui avant de s’arrêter. Un peu plus loin, il y avait un enfant de dix ou onze ans. Elle se l’imagina immédiatement sur un blanc cerf, tel un merveilleux Chevalier de conte de fée. Elle s’empressa alors de trottiner vers lui.

    - Bonjour. Chuchota-t-elle, ses joues prenant une étrange teinte rose-grise.

    - Bonjour. Répondit le garçon, surpris.

    - Je… suis Senka. Mon papa… y veut je me fasse des amis…

    - Ezrat. Répondit-il avec un petit sourire timide.

                Il s’éloigna d’elle de quelques pas mais ne chercha pas à la fuir pour autant. Pas comme les enfants de l’autre école qui la fuyait en riant et en la traitant « d’handicapée ». Si elle ne savait pas ce que c’était, elle ne manqua pas de remarquer que ce mot était écrit en grand sur le dessus de l’école.

                Elle se demandait « en quoi » ce garçon pouvait être « handicapé » lui aussi. Mais c’était pas grave, s’il pouvait devenir son ami.


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