• La loi de Nietzsche P1 : Chapitre 8

    Chapitre 8 : Planète Terre.

     

                Le président Gleb Kirovitch Krylov attendait l’arrivée de la fusée, trépignant d’impatience tout en ne le montrant pas. Il n’aurait pas voulu que les autres dirigeants s’en rendent compte. La plupart des dignitaires des autres nations étaient ici. Le président Joanna Smith des États-Unis d’Amérique, le roi Léopold IV de Belgique, le président Julien Dubois de France et le roi Esteban Castille en Espagne. Pour les autres, il s’agissait surtout de haut dirigeant, comme des premiers ministres ou des premières Dames ou premiers Hommes.

    - Ça y est ! Glapit Gino Tortilli, le représentant de l’Italie.

                L’ayant dit dans sa langue natale, peu comprirent mais l’idée était bien perçue par tout le monde. En effet, cette situation était tellement abracadabrantesque, tellement merveilleuse qu’ils ne pouvaient qu’être impatient.

                En l’an 3751, c’était finalement le toute premier contact avec l’espace. Ils frémissaient tous d’impatience. Cela faisait presque deux milles ans que leur peuple attendait cela, s’imaginant monts et merveilles. Au lieu de quoi, c’était eux, eux qui avaient le droit à cette merveille. Après cinq guerre mondiales, dont une nucléaire. Avec un déclin de toute la population pour que finalement, ils reviennent à une vie plus belle. Ils avaient dû traverser des pandémies, des pannes d’électricités dans tout le monde, subi des catastrophes et des créations de pays avant de finalement en arriver là.

                Enfin.

    - Il faudra absolument qu’on lui apprenne l’anglais. Décréta Joanna, dans sa langue natale, en remettant ses lunettes en place.

    - Comment ?! Protesta le premier ministre Wuhang Li dans la même langue. Il a été établi que notre langue était toujours la plus parlé au monde ! Il devrait apprendre notre langue !

    - Le français est la deuxième langue mondiale ! S’enorgueilli Léopold.

    - J’approuve le français. S’empressa d’enchérir Julien.

    - Je ne vois pas pourquoi ce n’est pas l’espagnol ! Grinça le roi Castille.

                Le chef du gouvernement Karim Habibah toussa fortement dans son poing.

    - Notre peuple est en troisième lieu. Il y a bien plus de mérite que nous lui apprenions l’arabe que l’espagnol !

    - Je vous en prie ! Protesta Gleb.

    - Vous allez propose qu’on lui apprenne le russe ? S’enquit Gino Tortilli.

                Le président Krylov secoua la tête avant de continuer la discussion en sumérien :

    - Voici la langue que nos anciens ont décidés que nous devrions tous apprendre. Voici la langue qui nous a permis de finalement vivre en « paix ». Je pense que l’alien devrait l’apprendre. C’est ce qui prouvera qu’il est unifié à tous nos pays.

    - Mais vous espérez tout de même qu’il suive sa formation ici, n’est-ce pas ? Questionna Julien.

    - Ils arrivent… Dit Gleb. Nous parlerons de tout cela plus tard.

     

                Itzal était assis sur le lit qu’il partageait avec Ivan. Il regardait la petite fiche qu’il lui montrait. Il y avait là un oiseau que le jeune garçon n’avait jamais vu puisque ça n’existait pas dans son monde. Un goéland.

    - Чайка.

                Élève studieux, Itzal opina et répéta le mot. Il avait un étrange accent mais il réussissait à parler cette langue qui restait toujours aussi étrange pour lui.

                Un bruit résonna dans les haut-parleurs et Ivan redressa la tête. Il fronça les sourcils puis sourit à son ami qui avait, sur le nez, les lunettes de son camarade. Il les gardait tout le temps bien qu’il n’en ait visiblement pas besoin.

    - Itzal, Возложитесь avec moi.

                Le garçon plissa les yeux mais opina. Il prit la main d’Ivan. Lequel l’emmena à sa suite dans les couloirs jusqu’à une étrange salle où il y avait là des vêtements couverts de fourrures.

    - Пальто. Expliqua Ivan.

                Itzal opina, comprenant sans problème « manteau ». Il toucha un des crochets qui soutenaient les habits.

    - Crochet. Sourit-il.

    - Oui, crochet !

                Ivan le prit dans ses bras en souriant.

    - Tu знаете как помещать его seul ?

    - Oui.

                Itzal n’avait pas tout compris mais ça suffisait. Il enfila le manteau et attacha les boutons sans mal. Ivan s’apprêta également et il lui prit à nouveau la main. Le garçon suivit son ami lorsqu’ils repartirent pour rejoindre Lena, Borislav, les Ivanov et, bien sûr, Vladimir. Ils parlaient tous avec animation. Le garçon était capable de comprendre quelques mots mais pas tous.

    - Quand est-ce que je reverrais ma maman ? Demanda Itzal.

                Antonina regarda vers son fils. Lequel se fit un grand plaisir de traduire la phrase au mieux. Comme son ami, il ne comprenait pas encore tout mais bien l’essence même de la phrase.

                La femme pinça les lèvres et caressa tendrement les cheveux de son fils. Elle prononça des mots qu’Itzal ne comprit pas. Par contre, il était capable de comprendre ce que voulait dire se secouement de tête. Il se décomposa alors.

                Jamais ? Il ne reverrait jamais sa mère ?

                Les larmes se mirent à rouler sur ses joues. Il sanglotait sans pouvoir s’interrompre. Ivan sursauta et lui frotta le dos en essayant de le réconforter. C’était difficile, surtout quand celui qu’on essayait de soulager ne comprenait qu’un mot sur cinq.

                Les portes du vaisseau s’ouvrirent. Il y eut des cris de liesse à l’extérieur. Itzal se recroquevilla d’autant plus dans les bras de son ami, redoublant de pleur et de peur. Ivan lui serra la main.

    - Maman ! Он испуган!

    - Je sais ! То что вы хотите, который я делаю?

    - Maman !

                Itzal poussa un cri en voyant arriver vers lui une femme qui tendait un micro. Il se blottit dans les bras d’Ivan en pleurant de plus belle.

                Antonina s’empressa de s’avancer vers la journaliste pour répondre à ses questions en espérant qu’elle laisserait tranquille les enfants. Pourtant, elle savait bien qu’elle, comme tout le monde, ne rêvait que de pouvoir en apprendre plus sur cet alien. Il était d’ailleurs indéniable qu’il était un extra-terrestre. Peau grise, oreilles pointues, yeux or-beige, cheveux verts et cet étrange losange rouge sur son front. Ça rappelait les ornements indiens. Ainsi la première ministre Priya Raj s’en sentait enorgueillie.

                Vladimir s’avança, claudiquant toujours sur sa canne. Il cria quelque chose. Le silence s’installa. Itzal se sentit soulagé et se blottit un peu plus contre Ivan qui lui caressait le dos. Gleb sourit et s’avança. Il vint serrer la main de Vladimir avant de sortir un paquet de cigarette qu’il donna à l’homme. Celui-ci s’empressa d’allumer un bâtonnet et de tirer une longue bouffée.

    - Aaaaaaah. Souffla-t-il en expirant la fumée. Ничто лучше что cigarette.

                Il serra encore la main de Gleb pour se tourna vers Itzal.

    - Petit ?

                Habitué d’être appelé de la sorte par Vladimir, Itzal releva les yeux. Il essuya péniblement ses yeux. Ivan-Père vint mettre ses mains sur l’épaule de chacun des enfants. Vladimir se pencha sur lui avant de se frotter le visage. Il regarda le jeune Ivan et lui parla rapidement. Le garçonnet hésita avant de se tourner vers son ami.

    - Ivan Ivanovitch Ivanov. Dit-il en se montrant. Toi ?

                Itzal renifla en essuyant son nez d’où s’écoulait une morve jaunâtre.

    - Itzal Ailydis…

    - ITZAL AILYDIS !! Rugit Vladimir en désignant l’enfant.

                Itzal gémit de plus belle alors que les dignitaires et la journaliste s’intéressait à nouveau à lui.

     

                Vladimir se tourna vers les Ivanov. Le jeune Ivan était déjà rentré dans la petite maison avec Itzal avec lui. L’homme s’obligeait à afficher un sourire pour ce couple. Il avait toujours une cigarette fumante à la main.

    - Ils l’adorent. Ils veulent qu’il apprenne le sumérien. Je compte sur votre fils !

    - Il lui apprend déjà le russe. Il faut bien prendre le temps qu’il sache correctement nous parler avant de lui apprendre toute autre langue. Protesta Ivan.

    - Je suis officiellement son tuteur légal, c’est à moi de décider ce qu’il en est. Protesta Vladimir.

    - Ivan fait ce qu’il peut. S’écria Antonina.

                Vladimir tira encore une longue bouffée de cigarette qu’il éjecta. La femme toussa dans sa main.

    - Ne nous envoyer pas votre poison dans le visage ! Protesta-t-elle.

                L’homme ne lui accorda qu’un bref regard et, sans se soucier d’elle, il tira une nouvelle bouffée.

    - L’habilitation d’Itzal ne peut pas durer longtemps. Le monde le veut. Ce garçon va avoir tout ce dont il a besoin.

    - Et son tuteur va devenir riche comme crésus. Grinça Ivan.

    - Ne m’insultez pas ! Cria Vladimir.

                La porte de la petite maisonnée s’ouvrit sur le jeune Ivan qui affichait un petit sourire. Sa mère vint le prendre dans ses bras et le serra tout contre lui avec une douceur infinie.

    - Il dort.

    - Bien, mon chéri.

    - Ivan Ivanovitch… tu t’entends bien avec ce garçon, n’est-ce pas ?

    - Itzal est mon ami. Mon seul ami. Alors c’est aussi mon meilleur ami. Sourit Ivan.

    - Voudras-tu venir le voir souvent ?

                Les yeux du garçon pétillèrent et il regarda ses parents. Ceux-ci n’eurent pas le cœur à lui dire « non ». Ils échangèrent pourtant un regard pour être sûr qu’ils étaient d’accord. Mais ils savaient, tous deux, que Vladimir n’était d’accord que parce qu’il avait besoin d’un traducteur.

    - Bien ! Je t’attends demain au plus tôt Ivan Ivanovitch !

                L’intéressé opina vivement, ravi.

                Vladimir lui ébouriffa les cheveux puis il rentra dans sa demeure qu’il ferma derrière lui. Il grimpa difficilement les marches de la demeure pour regagner le premier étage. Ça faisait longtemps qu’il songeait à acquérir une maison plain-pied. Ses vieilles jambes n’étaient plus capables de faire tous ces efforts. Surtout depuis cette blessure à la hanche.

                Il poussa la porte de la chambre d’ami. Elle serait maintenant celle d’Itzal. Le garçonnet dormait dans les draps bleus dans cette pièce impersonnelle qui n’avait qu’un mur et un tapis blanc. Ainsi qu’une petite armoire étriquée, une commode à deux tiroirs et une table de chevet où il avait posé les lunettes d’Ivan.

                Vladimir s’assit sur le bord du lit et il regarda le garçonnet qui avait toujours les yeux couverts de larmes.

                Un sourire étira ses lèvres.

                Un sourire qui n’indiquait rien de bon.

     


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