• La loi de Nieztsche P1 : Prologue

    Prologue

     

                Georges, quarante ans bien frappé, parcourait les rues sous la pluie violente. Pourtant, il portait un parapluie dans sa main. Ses pas faisaient flop sur ce sol détrempé. Il entra dans la clinique du bout de la ville. Il n’eut pas besoin de passer par l’accueil avant de se rendre dans l’un des services du bâtiment. Là, il y avait beaucoup d’agitation et de cris.

                Georges vint rejoindre une femme qui venait de quitter une chambre. Elle soupira longuement, sa peau était pâle, un peu blême. Elle s’avança vers l’homme.

    - Bonjour Georges.

    - Bonjour Aurea… tu as finis ton travail ?

    - Oui… je devais rester plus longtemps mais mon patient vient de succomber d’une apoplexie…

    - C’est… euh… toutes mes condoléances.

                La femme opina légèrement. Elle se tourna pour désigner un couple qui attendait, se serrant les mains. L’épouse portait une bague avec un gros diamant alors que l’homme avait un chapeau-melon sur ses cuisses.

    - Allons-y… je vais rapidement me changer.

    - Je t’attends en bas.

                Georges descendit rapidement les escaliers et attendit près de l’accueil. Il se passa longue cinq minutes avant qu’il ne sente un effleurement. Il se tourna et sourit à la femme. Il sortit le premier et ouvrit le parapluie. La dénommée Aurea sortit à sa suite. Elle s’avança sous le parapluie mais tendit tout de même la main, interloquée.

    - C’est si… bizarre… Chuchota-t-elle en regardant les gouttes roulées sur sa peau.

                Sur le sillage, la peau devenait grise. Georges grogna et lui attrapa la main pour la remettre sous le parapluie. Il se mit alors en route, avançant rapidement. Il la tenait toujours pour lui imprimer son propre rythme.

                Ils traversèrent la ville, passant au beau milieu de dispute entre citadins. Des insultes sur la couleur de leur peau étaient généreusement hurlées à l’adresse de leurs voisins plus ou moins proches. Le bruit des moteurs fusait dans l’air, les pots d’échappements crachaient des volutes de fumées pestilentielles.

                Mais Aurea souriait tranquillement.

    - Georges… Imagine un autre monde que celui-ci.

                Georges lui lança un regard perplexe. Il prit soin de s’assurer qu’aucune voiture ne venait avant de traverser, entraînant toujours son amie à sa suite.

    - Imagine un monde où, lorsqu’il pleut, personne ne sort car ce serait signe de mort. Imagine un monde où les chats n’existent pas…

                Aurea s’accroupit pour caresser le pelage d’un beau chat blanc. Georges revint sur ses pas pour mettre le parapluie au-dessus de la femme. À nouveau, là où il y avait eu quelques gouttelettes, le sillage devenait plus gris.

    - Ne touche pas ça, tu ne sais pas où il a traîné.

                Aurea ne l’écouta pas, préférant continuer de gratifié l’animal de tendres caresses.

    - Imaginons ce monde… qu’est-ce qu’il y aurait à la place des chats ? Des chiens ?

    - Non… des ornithorynques.

    - Des… ornithorynques ? Répéta Georges.

    - Des créatures trop bizarres pour venir de cette planète, tu ne trouves pas ?

                Aurea sourit de toutes ses dents puis se redressa. Elle se remit en marche, obligeant Georges à accélérer le pas pour garder la pluie au-dessus d’elle.

    - Imagine un monde… où être en bonne santé est une horreur sans nom…

                Georges s’arrêta et prit la main de la femme pour la tourner vers lui. Aurea eut un faible sourire en plantant ses yeux dans les prunelles noires fatiguées.

    - Cesse d’imaginer ce monde. Je préfère de loin cette bonne vieille Terre ! Je préfère ce monde… le monde où j’ai miraculeusement guéri de mon cancer ! Sourit Georges.

    - Qui parle de miracle ? Chuchota Aurea.

                Elle se déroba à sa main et sortit de sous le parapluie pour venir sous un auvent. Lequel protégeait déjà les précieux exemplaires du dernier best-seller qui parlait de la lycanthropie sous toutes ses formes.

                Georges pesta contre la bêtise de la femme. Il referma le parapluie et s’empressa de la rejoindre. Elle regardait le Soleil sans aucune protection. L’homme leva la main pour protéger les yeux d’Aurea.

    - Le Soleil… Il est le même…

                Elle ferma les yeux.

    - Aurea, tu agis comme une folle ! Grimaça Georges.

                Elle ne répondit pas, murmurant si bas que personnes ne l’entendait. L’homme savait pertinemment que la femme entendait pourtant ce qu’elle soufflait, les lèvres s’étirant en un léger sourire.

     

                Imaginez un monde où l’air est tellement saturé de maladie qu’il n’est pas transparent mais vert. Imaginez un monde où l’eau est un endroit extrêmement dangereux à cause de ses propriétés corrosives. Imaginez un monde où le nucléaire est une aubaine à l’état pure. Imaginez un monde où on est ravi d’avoir la varicelle ou, mieux encore, le zona.

                Imaginez un monde obscur où on éloigne les personnes saines des autres…


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