• Le frisson

    Vous l'aurez compris : Encore un texte de concours !

    La première phrase : Il entendit un rire. Un rire grave qui s’échappait par la fenêtre…  était imposée !



     

    Le frisson

    Il entendit un rire. Un rire grave qui s’échappait par la fenêtre…

    Célime, de son prénom, se redressa péniblement, frottant sa tête tout endolorie. Il ne se souvenait pas s’être endormi sur un plancher douloureux. Il n’était encore jamais tombé du lit. Même si, comme disait l’adage, il faut une première fois à tout.
    Il regarda l’endroit où il se trouvait : Une haute fenêtre était la seule source de clarté. La lumière diffuse de la lune se propageait dans la pièce. Elle permettait de voir les murs décrépis qui donnaient l’impression qu’ils s’effriteraient si on les touchait. Ils étaient tous gris, parsemés de taches noires ou encore blanches, là où du papier peint avait été arraché. L’adolescent put remarquer le haut plafond soutenu par quelques misérables poutres.
    Le rire retentit à nouveau, bientôt suivi par le bruit caractéristique d’une tronçonneuse qu’on démarre.
    Célime se tendit en entendant cela. Il se serait cru dans l’un de ces films d’horreur qu’il affectionnait tant. Lui qui aurait pu visionner sans arrêt ce genre de vidéos sentait tout à coup des sueurs froides. Là, ça ne lui plaisait absolument pas !
    Il regarda encore une fois autour de lui. Il put alors voir quatre personnes également allongées sur le sol poussiéreux.
    Tout d’abord un homme à la peau caramel et aux cheveux bruns crépus qui fixait les environs de ses orbes noirs. Il était particulièrement sur ses gardes, la respiration lente.
    Un grand musclé à la courte chevelure et aux yeux bleus ne se tenait pas loin de l’homme de couleur. Il se leva péniblement et inspecta la pièce, l’air décidé.
    Il y avait également un blondinet qui venait de sortir de l’adolescence. Il était rondouillet et portait de petites lunettes crasseuses sur son nez. On ne voyait dès lors pas son regard vert.
    La dernière personne qu’il restait était une rousse voluptueuse avec de pétillants iris d’un vert profond. Malheureusement, ils étaient dénaturés par la peur.
    Elle poussa un cri lorsque le bruit de la tronçonneuse se fit encore entendre.
    – Qu’est-ce qu’on fait ? hurla-t-elle, paniquée.
    L’homme décidé fit la moue puis il vint serrer la demoiselle contre lui, souriant d’un air séducteur.
    – Ne t’inquiète pas. Regarde ! Il y a une porte.
    Il désigna l’huis qui était en effet présent bien que dans un état déplorable. Il donnait l’impression de pouvoir tomber de ses gonds au moindre souffle d’air.
    L’homme décidé caressa les cheveux de la jeune femme tout en observant ses compagnons de mésaventures. Ils avaient tous l’air paniqués et dans de bien piteuses conditions. Mais ils n’avaient qu’une lumière pâle et incertaine pour voir plus loin que le bout de leur nez.
    Et pour tout bruit de fond le hululement effrayant des chouettes et hiboux ainsi que ce son terrifiant de tronçonneuse.
    – Je suis Anthony ! se présenta l’homme qui enlaçait toujours la jeune femme.
    – Moi, Lola, sourit la demoiselle.
    – Michael, chuchota l’homme à la peau caramel.
    – Jean-Michel…
    Les regards se tournèrent vers Célime qui était resté silencieux. Celui-ci bafouilla son prénom, les joues un peu rougies. Il ne se sentait vraiment pas rassuré. Il retrouvait vraiment l’ambiance austère de ses films fétiches.
    – Sortons, décréta Anthony.
    Il serra Lola contre lui tout en ouvrant la porte. Les autres le suivirent immédiatement. Célime déglutit difficilement puis s’obligea à leur emboîter le pas. Il ne voulait pas rester seul. En plus, s’il n’avait pas tort, il serait livré à lui-même, sans arme.
    Ils avancèrent un moment dans les dédales sombres de ce qui semblait être un manoir. On pouvait remarquer des toiles d’araignées un peu partout, de la poussière qui stagnait ci et là ou encore des peintures qui tombaient en lambeaux.
    – C’est effrayant, glapit Lola.
    – Je sais, je sais… je suis là, assura Anthony.
    Célime se frotta la nuque. Il revenait sur ses pensées d’un peu plus tôt. Il se voyait davantage dans un nanar d’horreur que dans un vrai film horrifique.
    Ils arrivèrent devant des escaliers. Célime regarda autour de lui, paniqué.
    Il avait une sensation désagréable et soudaine.
    Est-ce que ça allait se passer comme dans les pires histoires ?
    – On devrait se séparer ! décréta Anthony d’un air décidé.
    Malheureusement, oui.
    – C’est pas une bonne idée, avança Célime.
    – Pourquoi pas ? Il faudrait voir ce qu’on pourrait trouver à l’étage et dans le rez-de-chaussée ! répliqua Anthony.
    Il gonfla les muscles, bombant le torse. Il montrait de la sorte qu’il était celui qui prendrait dorénavant toutes les décisions.
    – Ne devrait-on pas plutôt trouver la sortie ? La porte est certainement au rez-de-chaussée.
    – C’est vrai ! Vous trois vous allez à gauche, décréta-t-il en désignant les trois garçons. Et nous à droite.
    Célime se passa la main sur le visage. C’était encore pire que ce qu’il pensait !
    Pourquoi se borner à vouloir se séparer dans une telle situation ? Quoique le regard qu’il lançait à Lola depuis un moment lui laissait comprendre le « pourquoi » de cette décision. Il eut une moue écœurée.
    C’était à lui de choisir à présent. Soit une probabilité de mort certaine soit devoir supporter de l’effusion de sexe.
    Il se tourna vers Michael et Jean-Michel, se maudissant pour ses actes.
    Anthony retourna alors sur ses pas avec Lola. Célime s’obligea à continuer de marcher en suivant les deux autres. Il cherchait fréquemment autour de lui après une arme de fortune.
    Le bruit de tronçonneuse était de plus en plus présent. Oppressant.
    Il ne leur fallut que cinq minutes pour trouver la porte. Célime eut un sourire rassuré. Peut-être qu’il avait imaginé inutilement le pire. Son frère lui répétait toujours qu’il regardait bien trop de films d’horreur.
    Le bruit de tronçonneuse s’arrêta.
    Michael ouvrit, un air soulagé sur le visage. Jean-Michel souriait de toutes ses dents.
    Célime voulut en faire de même mais il se figea en voyant du sang être projeté partout, suivi bientôt du bras de Michael dont le propriétaire hurlait toujours plus fort.
    Un autre cri le suivit.
    Le torse du jeune homme venait d’être ouvert sans pitié, sang et boyaux étaient impitoyablement expédiés de toutes parts.
    Célime put voir un « pourquoi » marqué dans les yeux de Michael alors qu’un gargouillis infâme sortait de ses lèvres.
    Jean-Michel gémissait, tremblant. Il avait de l’hémoglobine sur le visage, ses lunettes devenant encore plus crasseuses qu’elles ne l’étaient déjà. Rassemblant tout son courage avec grande peine, Célime se saisit du poignet de son compagnon d’infortune. Il tira dessus et l’obligea à suivre son rythme.
    Ils repartirent en courant vers l’endroit où devaient être Lola et Anthony. Jean-Michel ahanait derrière lui, allant bien trop vite pour lui.
    – Q… que… que… fait… fait… fait-on ? bégaya Jean-Michel.
    – On va rejoindre Lola et Anthony ! C’est tout ce qu’il nous reste à faire !
    Il essaya de sourire à l’adolescent mais il ne parvint qu’à lui offrir un rictus triste.
    Le bruit de tronçonneuse s’était arrêté.
    Il savait toutefois que ce n’était que temporaire. C’était ce qui l’effrayait le plus. Il ne savait pas combien de temps de répit ils auraient.
    Il continua alors de courir traînant derrière lui son fardeau. Il n’était même plus sûr de pouvoir le nommer autrement.
    S’il avait raison…
    Il priait pour avoir tort ! C’était probablement la première fois de sa vie qu’il le souhaitait !
    Jean-Michel et lui crièrent d’une même voix lorsque le bruit de tronçonneuse se fit entendre.
    Trop proche.
    Il dut soutenir le corps de son compagnon d’infortune pour qu’il ne tombe pas au sol. Malheureusement, il lui échappa et son poids les entraîna vers le parquet poussiéreux.
    Un tumulte sourd se rapprocha. Le moteur vrombissant de cette épouvantable tronçonneuse. Jean-Michel sanglotait juste à côté de lui. Il marmonnait sans cesse de misérables « pitié ». Célime voulut lui frotter le dos pour le rassurer mais une silhouette s’avança. Imposante.
    Devant eux se tenait un homme, couvert de sang, avec un masque pour cacher son visage. Il s’agissait d’un ornement en forme de corbeau, avec le bec déformé et des cassures ci et là.
    Célime se redressa et tâcha d’aider son camarade. Celui-ci se contentait de sangloter, n’essayant même plus de se lever. Il était bien trop engourdi par la peur.
    Le vacarme continuait de retentir à leurs oreilles, toujours plus inquiétant. La lame tournoyante se rapprochait. L’homme masqué n’était plus qu’à quelques centimètres.
    Célime ferma les yeux deux fractions de seconde. Il relâcha le corps de Jean-Michel puis s’enfuit en courant.
    Derrière lui, il entendait le bruit écœurant de la chair sectionné.
    Il entendait le rire grave. Il entendait les cris d’agonies de Jean-Michel. Il essayait de ne pas pleurer. Pas maintenant.
    – Lola ! Anthony ! cria Célime.
    Il lança un coup d’œil par-dessus son épaule.
    Le carrelage s’imbibait de sang. Le tueur ne se préoccupait plus que de sa victime qu’il maintenait en vie pour l’entendre souffrir plus longtemps.
    Célime porta sa main à sa bouche, se retenant de vomir. Cette réaction était presqu’ironique. Ici il se sentait mal mais lorsqu’il le regardait à la télévision, il trouvait ça hilarant. Ça ressemblait presque à la vengeance de l’univers.
    Il n’était pas dans un poste télévisé. Il subissait ce qui l’avait fait rire pendant six ans. Temps depuis qu’il avait commencé à visionner des films d’horreur en douce.
    Célime percuta violemment quelqu’un.
    Il sentit une main sur son épaule et il hurla.
    Se tournant vivement, il put voir Anthony. Tremblant, il tomba à genoux. Lola regarda autour d’eux. Le bruit caractéristique de la tronçonneuse se rapprochait à nouveau. Le cœur de Célime tambourina dans sa poitrine. Maintenant, il savait qu’ils n’avaient que peu de répit. C’était encore pire que dans n’importe qu’elle comédie horrifique.
    – Il… Il faut qu’on trouve… comment sortir… puis appeler la police… chuchota Célime, tremblant.
    – Ouais, faisons ça, grogna Anthony.
    Il montrait, encore une fois, qu’il voulait reprendre les choses en main. Il se dirigea vers un bout de poutre qui s’était détaché. Il s’en saisit et le tapa dans sa paume ouverte pour le tester. Il ne put que crier lorsqu’une écharde y resta plantée. Il la retira et la jeta sur le sol.
    – Allez, on s’arrache ! décréta-t-il.
    Il se remit en marche, sans se soucier de Lola ou de Célime. La jeune fille eut la douceur d’aider son cadet à se redresser. Il la remercia muettement. Il aurait peut-être pu mettre des mots sur ses pensées si elle n’avait pas hurlé dans ses tympans la seconde d’après.
    Il jeta un œil derrière lui pour voir que le tueur se rapprochait.
    Son rire gras s’élevait dans les couloirs, se répercutant ci et là.
    Tout cela était encore plus effrayant. Son cœur battait bien trop fort dans sa poitrine. Il allait faire un arrêt cardiaque rien qu’en regardant la tronçonneuse.
    Lola le poussa dans le dos. Il comprit le message et recommença à courir
    – Anthony ! héla le garçon.
    L’homme tourna la tête. Il se figea en voyant le tueur se rapprocher. Il cavala, même s’il était le seul armé. Il n’allait pas se leurrer. Il avait des muscles, certes, mais il était seulement équipé d’une poutre.
    – Quel enfoiré ! siffla Lola.
    En temps normal, Célime aurait tâché de lui offrir un sourire réconfortant. Ici, il se contentait de courir sans faire attention à ce qu’il y avait sur leur chemin.
    Ça ne manqua pas : Lola trébucha et elle tomba sur le sol. Un craquement sonore retentit dans le couloir alors que la jeune femme sanglotait. Elle serra sa main sur sa cheville qui formait un angle inquiétant.
    – Elle est…
    Lola tendit la main vers Célime.
    Le tueur s’avançait, son rire emplissant l’air.
    – Anthony ! cria Célime.
    Il s’empara de Lola et il la souleva péniblement. Il passa son bras, à elle, autour de ses épaules. Il se remit alors à marcher le plus vite possible. Mais sa camarade claudiquait difficilement.
    Elle les freinait !
    Et l’homme qui se rapprochait toujours plus dans ce vacarme assourdissant !
    Lola poussa un cri. Célime eut juste le temps de tourner la tête pour voir le tueur attraper la jeune femme par les cheveux. Il la tira en arrière et la jeta au sol. Il leva sa tronçonneuse bien haut.
    Le garçon n’attendit pas que la lame retombe qu’il se mit à courir. Il chercha par où Anthony avait bien pu s’enfuir. Il lançait de fréquents regards derrière lui. Seul, les lieux avaient l’air encore plus austère. Il avait l’impression de geler sur place mais c’était peut-être uniquement dû au froid.
    Il se figea en voyant du sang sur le sol. Avait-il déjà fait le tour du bâtiment ? Était-ce le corps de Michael ? Devait-il monter les escaliers à présent ?
    Quelque chose roula jusqu’à ses pieds.
    Il sursauta.
    Une tête !
    Il regarda autour de lui et remarqua un corps penché à la fenêtre.
    S’avançant, il distingua le liquide carmin qui avait éclaté sur la vitre. Il réalisa alors que le corps n’était absolument pas « penché à la fenêtre ». La personne avait essayé de sortir mais sa tête avait été sectionnée !
    Ce n’était pas pour rien que ce genre de fenêtre était appelée « fenêtre à guillotine ».
    Célime se rendit alors compte qu’il avait déjà aperçu ce t-shirt quelque part. Il tourna le regard pour fixer le crâne démembré. Il tomba au sol en hurlant lorsqu’il décela distinctement le visage d’Anthony !
    Le bruit assourdissant recommença à se faire entendre.
    Célime recula dans l’hémoglobine, se tachant. Il ne cherchait même plus à se lever. Il n’était pas dans un film, il jouait sa vie en cet instant précis. Le problème étant qu’il ne savait pas comment la préserver.
    Il était là, sanglotant comme un enfant.
    Il recula encore, jusqu’à ce qu’il soit dans un coin. Il se recroquevilla, espérant vainement que ça puisse le sauver.
    Le bruit se rapprocha accompagné de ce rire qui le mortifiait sur place.
    Bientôt, l’homme fut sur lui.
    Il arracha son masque difforme de corbeau et le laissa tomber sur le sol.
    Cling.
    Le bruit de la porcelaine se fracassant à terre et se réduisant en morceaux. Bruit qui força Célime à rouvrir les yeux et à lever la tête. Il put alors voir le visage de celui qui voulait le tuer…
    Son grand-frère.

    Célime se redressa en sursaut, haletant. Hagard, il redressa la tête pour croiser les prunelles bleu très clair de son grand-frère. Il affichait un grand sourire. Il lui désigna la télévision où se déroulait une scène emplie de poitrine exubérante parsemée d’hémoglobine à foison.
    – Tu ne devrais pas t’endormir quand tu mets des choses pareilles.
    – M’endormir…
    Il sursauta en entendant le bruit de la tronçonneuse suivi de cri. Il tourna la tête mais ne put retenir un soupir rassuré en voyant que ce n’était que dans la télévision. Voilà qui était préférable.
    – Crois-moi je ne le ferais plus !
    – Tu vas finir par faire des cauchemars…
    Célime rit péniblement. Un cauchemar, il en avait fait un. Et pas un petit.
    Il se leva du divan et posa un baiser sur la joue de son grand-frère avant de sortir dans le couloir.
    Il n’y fit pas attention, mais depuis peu, dans le couloir, il y avait un masque en porcelaine. Un masque représentant un corbeau affreusement difforme…

     


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