• Vindicte : Chapitre 1

    Cette histoire est un essai. Par ailleurs, je trouve que la fin (mais vous verrez plus tard) ne délivre pas un beau message. De ce fait, j'ai réutilisé le personnage de Hunter dans un autre contexte et dans un autre roman qui reprends certaines idées ici présentes.

    Les deux romans reprennent donc le personnage de Hunter et son caractère général mais ne sont en rien relié !

    Bonne lecture ^-^


     

    1
    Tessen

     

     

    Une pluie diluvienne s’abattait sur l’entièreté de Soignies. Elle semblait vouloir noyer toute la vermine qui déambulait dans les rues. Les gros nuages sombres couvraient les derniers éclats du Soleil couchant, plongeant la ville dans une étrange torpeur malsaine.
    La nuit avait poussé tous les malfrats des environs à sortir. Que ce soit dans l’espoir de faire quelques larcins qui leur procuraient argent ou nourriture ou dans celui de retrouver des « amis ».
    Alors que la plupart des badauds étaient habillés de noir, les cheveux dissimulés sous un quelconque couvre-chef, lui, dans cette ville si morne, il détonnait. Non seulement il portait des vêtements d’un blanc presque pur mais il avait également des cheveux roux, flamboyant.
    Il marchait le long de la rue. Il apparaissait comme l’un de ses nombreux hères, ne suivant aucun but établi. Ses yeux, aussi noirs que la cité, rivés sur les dallages. Il comptait le nombre de brisure, de détritus jonchant le caniveau ou encore le nombre de fois qu’il voyait des tessons de verres. Il ne manquait pas de remarquer les sans-abri qui tendaient les mains vers lui, priant pour avoir ne fut-ce qu’une petite pièce.
    Un centime leur aurait fait plaisir.
    L’individu entra dans une ruelle sombre. Peut-être bien la plus malfamée des environs. Il n’en avait entendu parler que peu même s’il savait qu’il trouverait en ces lieux des drogués, des receleurs peut-être même des prostitués, homme ou femme. Des gens pouvaient-ils réellement trouver leur bonheur en ce lieu qui le répugnait déjà ?
    Il aurait voulu pouvoir se mettre en apnée pour ne pas sentir toutes ses odeurs qui stagnaient en ces lieux. Sang, urines, déjections, crasses et tant d’autres choses que personne ne voulait imaginer.
    - Yo ! lança l’individu si voyant.
    Des multitudes de paires d’yeux se tournèrent vers lui. Il enfonça ses mains dans ses poches puis s’avança jusqu’au fond de l’impasse.
    Là se tenait l’homme le plus misérable, le plus abject et le plus repoussant qu’il n’eut jamais vu. Un homme qui ne devait même plus pouvoir être appelé de la sorte tant il avait rejeté son humanité au fil du temps.
    Le misérable leva ses petits yeux porcins vers lui. Il renifla, se frotta le nez puis tendit la main. L’être si voyant fixa cette paume crasseuse. Il aurait juré que s’il la touchait, il tomberait instantanément malade. Cependant, il sortit une des mains de ses poches. Elle était fermée sur une multitude de billets. Il aurait voulu les jeter sur le sol pour laisser le misérable tout récupérer sans qu’il le touche.
    Malheureusement, on lui avait appris les bonnes manières, même pour ce genre de créature. Ainsi, il se força à faire entrer leurs peaux en contact. Il sentit les doigts crasseux le frôler, se refermer tout contre lui.
    De son autre main, le misérable sortit un éventail qu’il jeta à son vis-à-vis. L’individu le rattrapa habilement au vol. Il fronça les sourcils, inspectant avec soin l’outil d’apparat un peu crasseux. C’était d’ailleurs surprenant qu’il soit si peu sale.
    - C’est ça l’arme que tu m’as promise ? grogna-t-il.
    - C’est une arme, répliqua le misérable en comptant les billets.
    Il se passait la langue sur les lèvres, du liquide immonde se rependant jusque sur son menton.
    L’individu frotta sa paume contre l’éventail puis l’ouvrit. Sous la crasse, il était des plus jolis. Noir, avec des enluminures dorées ou encore des fleurs roses. Un véritable travail de peintre qui avait dû lui prendre beaucoup de temps. Le genre de bibelot que sa mère aurait pu accrocher au mur.
    Enfin « mère ». Cette personne n’avait rien d’une mère.
    Il glissa ses doigts sur chaque battant appréciant le travail du professionnel bien qu’il n’arrivait toujours pas à croire qu’on lui ait vraiment vendu cela. S’il avait eu une vraie arme, il aurait au moins pu récupérer son argent. Quoique, justement, s’il avait été satisfait, il n’en aurait pas eu besoin.
    Il eut subitement une impression. Celle que les badauds se rapprochaient de lui. Lui qui était tout de blanc dans ce monde noir. Lui qui avait pu sortir tant d’argent de sa poche sans problème. Peut-être était-il, pour eux, un symbole de réussite. Peut-être était-il aussi l’espoir de se faire un peu d’argent facilement.
    L’être tourna son achat et passa une nouvelle fois ses doigts le long des bandes. Seulement, faisant cela, il toucha quelque chose. Une chose qu’il n’aurait su voir avec la noirceur de l’objet. Il se saisit de cette surprise et la tira, intrigué. Là, dans ses doigts se tenait une lame de scalpel. Il ne put que sourire en voyant qu’il n’avait pas perdu toutes ses économies pour rien.
    Il avait une arme.
    Non. Il avait des armes.
    Il fit volte-face pour pouvoir partir. Cependant, ses doutes se confirmèrent. Plusieurs badauds s’étaient bel et bien rapprochés. Ils le regardaient avec des yeux grands comme des soucoupes. Il aurait juré que les quidams avaient la bave aux lèvres. S’ils avaient été dans un dessin animé, ils auraient certainement eu le symbole du dollar à la place des yeux.
    L’individu ferma l’éventail afin de le glisser dans sa poche, enserrant fortement le scalpel dans sa main. Il s’avança sans afficher sa crainte, comme s’il était au milieu d’une meute d’animaux sauvages. De temps en temps, il devait les bousculer pour passer. Leur contact avait quelque chose de désagréable, d’autant plus rendu ignoble par la pluie qui faisait suinter leurs vêtements crasseux. À leur contact les habits de l’adolescent devenaient beiges.
    L’être donna un violent coup de coude à un homme trop proche de lui à son goût puis sortit de la ruelle.
    Il ne se rendait pas compte qu’il serrait bien trop fort le scalpel dans sa main sous le stress qu’il ressentait. Il ne voyait pas plus les gouttes vermeilles qui tombaient au sol, il était bien trop occupé à fuir.
    S’il ne percevait pas qu’il se blessait, c’était parce qu’il était atteint d’algotaraxie. La plupart des personnes se contentaient d’appeler cela l’insensibilité congénitale à la douleur ».
    L’individu n’avait rien à faire de sa maladie, ça faisait déjà dix-sept ans qu’il vivait avec. La seule chose qui l’obligeait à se soucier de son dysfonctionnement c’était que sa mère était toujours inquiète. Qu’elle passait son temps à vérifier qu’il allait bien. Qu’elle avait été jusqu’à abandonner son travail pour s’occuper de lui.
    Il jeta un regard par-dessus son épaule pour s’assurer que plus personne ne le suivait. Voyant que non, il s’éloigna assez pour ne plus risquer d’être attaqué en traître puis, enfin, s’arrêta. Il sortit l’éventail de sa poche et voulut le faire passer dans sa main droite, celle qu’il utilisait le plus, pour mieux l’observer. C’est à cet instant qu’il remarqua le liquide rouge dans sa main.
     Merde… chuchota-t-il.
    Il desserra les doigts avant de glisser le scalpel dans l’encoche où il l’avait pris. Il arracha un morceau de sa chemise pour en faire un bandage de fortune. Il se remit en marche, cherchant quel genre de mensonge il pourrait bien inventer pour que sa mère ne commence pas à paniquer. Elle s’inquiétait très vite.
    Surtout avec lui.
    L’adolescent marcha jusqu’à arriver à un quelconque appartement. Bâtiment qui ressemblait à tous les autres. Gris. Horriblement gris. Avec un enchevêtrement de fenêtres modifiées à la guise des habitants. C’était ignoble, un tel patchwork si peu uniforme.
    Il sortit de sa poche un porte-clés où trônait une figurine de loup auquel il tenait beaucoup. Il ouvrit la première porte avec une grosse clé assez vieille puis la seconde avec une petite qui était flambant neuve. Il marcha comme un mort-vivant jusqu’à la cage d’ascenseur qu’il ouvrit. Il s’engouffra dans la cabine avant d’appuyer sur le bouton « 4 ». Ironique. Quatre c’était le nombre de frères et sœurs qu’il avait. Même s’il ne les voyait pas souvent.
    Il ferma les yeux, laissant la porte se refermer dans un bruit aussi sourd que désagréable. Il se sentit soulevé. Peu de temps s’écoula avant qu’il ne sente que ça s’arrête. Il poussa la lourde porte puis s’avança jusqu’à arriver devant une autre. Elle se détachait des autres battants de bois par sa banalité affligeante. Il ouvrit l’huis de son appartement qu’il ferma derrière lui, sans bruit.
    Il ne voulait pas que sa mère, qui n’avait de mère que le nom, entende qu’il était entré. Les effluves de bonnes nourritures lui indiquaient qu’elle était dans la cuisine. Une aubaine pour lui puisqu’elle avait pour doctrine qu’on n’abandonnait jamais ses fourneaux lorsqu’on cuisinait.
    Il se rendit discrètement dans la salle de bain-buanderie. Cette pièce exiguë qui portait si mal son nom. Il n’y avait même pas de bain ! Ce qu’il y avait c’était : une douche qui ne fermait qu’avec un rideau et qui avait tendance à cracher de l’eau partout. Un évier un peu trop bas pour lui, du carrelage glissant ainsi que ce séchoir et cette machine à laver qui faisaient tellement de bruit. Surtout qu’ils étaient toujours mis en fonction lorsqu’il essayait de dormir. Ça l’empêchait de se reposer correctement. Néanmoins il comprenait : c’était moins cher la nuit.
    Il ferma correctement la porte derrière lui puis se déshabilla. Pour une fois, il fut bien content que le lave-linge fût dans la « salle de bain ». Il ôta ses vêtements crasseux et ensanglanté puis les mit dans le tambour. Il prit alors tous les vêtements blancs dans la caisse adaptée, dissimulant dès lors ses preuves.
    Il posa l’éventail sur la commode contenant tous les essuies, les sourcils froncés. Il faudrait qu’il trouve une excuse pour ça.
    Il entra dans la cabine de douche puis ouvrit l’eau. Il y avait un trait fait au marqueur indélébile qui lui indiquait jusqu’où il pouvait tourner l’arrivée d’eau chaude. S’il sentait la chaleur et la froideur, il ne se rendait pas compte à partir de quel degré sa peau brûlait. De ce fait, sa mère avait voulu qu’il soit prévenu de son seuil de « résistance ». Combien de fois ne l’avait-elle pas retrouvé rouge et brûlé à la sortie de la douche ? Combien de fois ne l’avait-il pas inquiété ?
    L’adolescent se lava rapidement, faisant quand même attention à ne pas se frotter trop vigoureusement. Les brûlures par frottement, ça lui connaissait aussi.
    Il sortit de la douche dès qu’il put. Il se sécha rapidement puis enfila son pyjama qui était suspendu au crochet. Il s’assura qu’il n’avait plus une trace de sang nulle part puis il se saisit de l’éventail. Qu’allait-il faire de ça ?
    Il sortit de la « salle de bain » afin de regagner la cuisine qui servait également de salle à manger. L’appartement était si petit qu’ils avaient été obligés d’avoir recours à cet agencement pour ne pas perdre trop de place. Vu l’heure, il n’y avait qu’en cet endroit qu’il pouvait aller. Il serra l’éventail dans sa main avant de le poser sur la table.
     Tu es rentré mon chéri !
    La personne devant les fourneaux se tourna. Cette personne était plus grande que lui de quelques centimètres. Elle avait de courts cheveux noirs en bataille ainsi que des yeux bleu clair.
    Mais elle n’avait de mère que le nom… puisqu’« elle » était un homme.
    - B’jour maman !
    Un simple tic de langage en fin de compte.
    - Je te mets la table ?
    - Avec plaisir !
    L’adolescent ouvrit une armoire près de « sa mère » d’où il sortit deux assiettes qu’il vient mettre à table.
    - Trois ! Trois ! s’enthousiasma son parent.
    - Papa rentre ce soir ?
    - Bien sûr !
    Le sourire de l’adolescent se figea. Il prit toutefois une troisième assiette qu’il posa sur la table. Il savait que son père ne rentrerait pas ce soir. Comme il n’était pas rentré depuis trois ans. Il savait que c’était parce que son père ne rentrerait plus jamais qu’il était encore le seul à vivre ici. Il s’obligeait, chaque jour, à jouer le jeu, ne voulant pas attrister celui qui l’élevait.
    S’il n’y avait que ça qui pouvait lui faire plaisir.
    Ayant fini de poser les couverts, il regarda l’éventail. Il le fit tourner dans ses mains, observa le côté moins beau où les armes étaient cachées. Même en pleine lumière, elles ne se voyaient pas réellement, entre autres parce que les lames étaient peintes de noirs.
    - Tu as pris ta température ? questionna l’homme.
    - Pas encore.
    - Tu sais où est le thermomètre.
    - Yep ! Mais avant… j’ai un cadeau pour toi !
    Il sautilla jusqu’à « sa mère » à qui il tendit l’éventail. Après tout, c’était le genre de chose qui pourrait lui faire plaisir. S’il pouvait le faire sourire même en lui offrant un assortiment d’armes dans un joli emballage…
    - Hunter… tu n’aurais pas dû, murmura-t-il en prenant précieusement ce faux-cadeau.
    - Mais si. Et je te ferais pleins d’autres cadeaux !
    - Le fait que tu sois là est déjà en cadeau en soi, jura le plus âgé en lui caressant tendrement les cheveux.
    Son fils rougit.
    - J’ai hâte qu’on soit ce week-end, souffla l’adolescent.
    - Moi aussi ! Allez ! À table ! Exceptionnellement, tu pourras prendre ta température après.
    Hunter sourit puis s’installa. « Sa mère » vint remplir les trois assiettes d’un plat au fumet délicat. Le jeune homme jeta un regard acerbe à cette troisième assiette puis commença à manger. Comme chaque fois, c’était très bon. Son parent avait abandonné une place de chef étoilé lorsqu’il l’avait adopté. Il n’avait que huit ans lorsqu’il était devenu le quatrième enfant adoptif de cette famille.
    Il avait rencontré deux personnes fantastiques qui avaient pris grand soin de lui. Il était heureux ici, bien plus qu’il ne l’avait jamais été pendant les sept premières années qu’il avait vécu auprès de ses vrais parents. Il s’était attaché à son père et à sa « mère ». Lui seul appelait l’ancien cuisinier « maman » au début. Puis les autres l’avaient imité parce que « papa-Camile » c’était un peu long. Et dur à prononcer pour les plus jeunes.
    - C’est rare que tu sortes le mercredi après-midi, dit Camile après une bouchée de vol-au-vent.
    - Oui… mais je voulais te faire ce cadeau.
    Le mensonge n’était pas le propre de sa famille. Malheureusement lui… il avait dû l’apprendre pendant cinq de ses sept premières années de vies.
    - C’est mignon. Mais je n’aime pas que tu sortes par ce temps-là, souffla l’ancien cuisinier.
    - Je sais…
    - Tu es bizarre ces derniers temps. Tu le sais ça ?
    - Mais je reste mignon ? sourit son fils.
    - Siiii mignon, rit-il avant de jeter un œil à l’assiette qui ne serait pas touchée cette nuit.
    Ils mangèrent tout en parlant de leur journée respective. Camile n’avait pas grand-chose à lui raconter puisqu’il était homme au foyer. Il doutait que son fils n’en aurait que faire du contenu de ses émissions, toutefois, lorsqu’il y avait des choses « importantes », il les lui racontait. Comme lorsqu’on était venu pour le compteur à eau, une fois, et que l’employé avait cassé un cadre.

    Hunter s’était resservi une fois. Son plat et celui de Camile étant finis, il se leva puis se saisit de l’assiette de son père, dans le dos de « sa mère », qu’il mit rapidement dans des tupperwares avec les autres restes des casseroles. Une façon comme une autre d’alléger une partie du travail de son parent tout en évitant un gâchis de nourriture.
    Camile se rendit dans le salon où il alluma la télévision. Toutefois, son attention était happée par cette porte, espérant qu’elle s’ouvre. Espérant un retour qui ne viendrait jamais.
    Depuis deux jours, l’adolescent comprenait l’ancien cuisinier bien qu’il détestait toujours autant le voir comme ça. Il espérait activement qu’il ne deviendrait pas comme son parent.
    Lorsqu’il eut fini la vaisselle, le malade vint dans le salon. Camile lui tendait un thermomètre, un air soucieux marquant son visage. Hunter se saisit de l’objet et l’agita pour remettre l’alcool en place. Il le glissa sous son aisselle alors qu’il s’asseyait à côté de « sa mère ».

     

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