• Vindicte : Chapitre 8 : Confidence sur oreiller

    8

    Confidence sur oreiller.

    Le soir venu, Hunter vint se glisser sous les couvertures chaudes de son lit. Comme chaque soir, il avait vérifié chaque centimètre carré de son corps. Il fixa alors le plafond craquelé en soupirant.

    Il ne put que penser à son Dieu. Il ne l'avait plus vu depuis maintenant trente-six heures. C'était tellement court pour le commun des mortels. Pour une divinité, à fortiori, c'était même franchement microscopique. En son échelle divine, ça ne devait guère représenté plus que quelques secondes.

    Mais pour lui, c'était si long. Comme une éternité entière. Il se sentait stupide. Il devait le paraître pour Dieu d'ailleurs.

    Il pensait de plus en plus qu'il n'avait que fait rêvé le baiser qu'ils avaient échangé. Pourquoi un être aussi important que l'ingénu pourrait seulement vouloir embrasser quelqu'un comme lui ?

    L'adolescent en était là dans ses pensées lorsque des coups frappés à sa porte. Tiré de ses pensées, il tourna la tête vers l'huis, surpris. Il se demandait ce qui poussait Camile à venir le voir à vingt-et-une heure trente passée. Son parent voulait probablement dormir avec lui. Bien sûr, Hunter n'avait rien contre cela, mais c'était la première fois que ce serait deux soirs de suite.

    Il avait peur que ce soit dangereux pour « sa mère ». Il s'imaginait qu'il devenait de plus en plus fou, de plus en plus paniqué. Qu'il ne supportait plus l'absence de son père. Même l'absence que lui s'inventait. Dîner d'affaires trop long, voyage d'affaires, des coups de fils qui n'existaient pas etc.

    Un sourire passa sur ses lèvres de Hunter lorsqu'il remarqua un certain ingénu contre la porte. L'intrus lui sourit avant de s'approcher de lui et de s'asseoir à son côté.

    - Qu'est-ce que tu fais ? Chuchota Hunter.

    Dieu rit. Son rire était aussi beau que sa personne elle-même.

    - Je te préviens avant de m'imposer pour une fois.

    Le malade roula sur le ventre et l'observa. L'ingénu ne portait toujours qu'un short, un t-shirt, un peu déchiré, et des bandages certes rougi par endroit. Pourtant, tant de peau ne le rendait en rien obscène. Il était vraiment un innocent. Tout en lui l'était. Son sourire, son odeur, ses baisers.

    Hunter laissa le silence s'installer dans la pièce. Il le brisa lui-même après un long moment.

    - J'ai peur.

    - Oh ? S'étonna Dieu en passant ses doigts dans les mèches rousses.

    - C'est stupide… mais il y a tout ces bruits, et cette ambiance… il a l'air gentil, il donne a des associations, il n'a rien qui sort du commun mais…

    L'ingénu se redressa un peu pour le regarder.

    - C'est cliché mais… son look fait peur. Sa voix… et puis il vit dans les sales quartiers ! D'accord il a une belle maison mais…

    Hunter regarda son vis-à-vis.

    - J'ai tord de penser comme ça ?

    - Non… tu as raison. Cet homme peut être dangereux, oui. Oui il ne faut pas s'y fier… mais je pense qu'il ne te fera pas de mal… je crois…

    Dieu secoua doucement la tête en lui prenant les mains. Il posa un baiser sur ses doigts graciles et un peu bronzé.

    - Je n'aurais pas voulu délibérément mettre ta vie en danger.

    - Quelles sont les garanties ? Chuchota Hunter, un peu effrayé.

    - Aucune, je l'avoue. Mais je suis là… Je ne laisserais personne te faire du mal.

    Malgré son air frêle, l'adolescent eut la conviction profonde que l'ingénu en avait vraiment les capacités. Il glissa ses doigts sur sa joue avec une douceur infime.

    - Moi non plus. Souffle-t-il.

    Il roula sur le dos puis attira l'innocent à lui. Celui-ci s'allongea à son côté et appuya sa tête contre son épaule. Hunter le fixait, son cœur battant la chamade. Il avait envie de le serrer plus fort encore contre lui.

    - Dis-moi… comment tu en es… venu à tout ça. M'aider pour que je t'aide… apparaître et disparaître…

    Il avait envie de lui demander s'il était mort ou pas. Ça ressemblait beaucoup à une série que Camile regardait à la télévision. Mais ça ne semblait pas pareil pour autant. Il voulait se dire que ce n'était qu'une fiction. Mais pourquoi pas ?

    Sauf qu'il lui avait dit qu'il était réel. Que les autres le voyaient aussi. Personne n'avait été surpris à l'entrepôt de combat pour chien. Pourtant, s'il n'y avait rien dans ses bras, il avait du être bien ridicule.

    Tout ça semblait presque normal. Il était un individu presque banal, juste trop beau pour être réel.

    Sauf que Dieu avait disparu. Comme s'il n'avait même jamais existé.

    - Il ne s'est… rien passé de bien passionnant… Chuchota l'ingénu.

    Il appuya sa tête sur son épaule puis fit glisser sa main, vers le bas. Jusqu'à attraper celle de Hunter qu'il serra dans la sienne.

    - Mes parents étaient de ceux qui aiment manger la chair lorsqu'elle est encore crue. De ceux qui dérangent juste par leur comportement, leur attitude… ce qu'on disait sur eux. Ils étaient juste incompris… Là où d'autres auraient refusés d'avoir des enfants… eux, ils en ont eu cinq. J'étais le plus jeune.

    Il ferma les yeux, respirant plus lentement. Il se sentit un peu rassuré en sentant des doigts glisser dans sa chevelure.

    - Je savais à peine marcher que mes parents sont morts… abattus. Ce n'était pas par une personne seule… ils étaient plusieurs. Mais ce n'était pas grave… parce qu'aux yeux de tout le monde ce n'était que des monstres. Alors on avait le droit de les tuer. Le droit… Chuchota-t-il.

    Le malade le resserra contre lui. Dieu lui faisait ressentir le besoin de le protéger. Tout en son innocence semblait l'y obliger. Il voulait pouvoir le soulager d'une façon quelconque. Pour l'instant, l'aider ne semblait pas possible. Le câliner était la seule chose à sa portée. Par ailleurs, ça semblait fonctionner, ne fut-ce qu'un peu. Dieu se blottit contre lui. Il sembla même ronronner.

    - On était tranquille lorsque maman les as senti. J'étais toujours avec elle… elle m'a dit « Fuis »… c'est la dernière chose qu'elle m'ait dit. Je l'ai écoutée, j'ai couru… mais… mes frères et sœurs n'ont pas eu cette chance. Je les ais entendu hurler, je les ais vus perdre la vie… j'ai vu le sang maculé la neige… oui… il faisait glacé ce jour-là. Je m'en souviens encore… plus froid que ces jours-ci.

    Hunter le resserra encore, doucement.

    - Même s'il faisait froid, que la neige me mouillait les pieds… j'ai continué, encore et toujours… c'était la seule chose que je pouvais faire.

    Il sourit gentiment malgré les larmes qui mouillaient ses yeux gris.

    - J'ai eu de la chance dans mon malheur. On m'a recueilli… On m'a soigné, on m'a nourris… pour la première fois, un étranger m'a considéré comme l'enfant que j'étais ! Pour cette personne, je n'étais pas mauvais. Je n'avais pas la marque que mes parents et mes aïeuls portaient en leur peau. Pour lui… j'étais une personne à part entière. Et c'était cette personne qu'il cherchait à découvrir… pas les racontars sur mon peuple… J'étais heureux… je l'aimais… d'un amour qui n'appartient qu'à peu de personne.

    Hunter lui caressa doucement la joue. Il sentait une petite pointe de jalousie, craignant l'amour dont pouvait bien vouloir parler Dieu.

    - J'étais vraiment heureux à son côté. Heureux comme ce n'était pas permis… d'ailleurs, je pense que ça ne l'était pas… parce que la personne qui m'a recueillie n'avait rien à voir avec moi, aucun lien propre… c'est sans doute pour ça qu'on a estimé qu'on pouvait m'éloigner de lui… Sans même nous demander notre avis… on nous a arraché l'un à l'autre, ne laissant que notre douleur nous tenailler… me tenailler en tout cas… Je le cherche… mais il ne me voit pas…

    - C'est triste. Souffla Hunter.

    Il le resserra tendrement contre lui, doublant ses câlins.

    - Je veux juste… que tout redevienne comme avant. Chuchota tristement Dieu, se blottissant un peu plus contre lui.

    - C'est pour ça que je dois t'aider ?

    - S'il te plaît. Murmura l'innocent.

    - Bien sûr… je le ferais ! J'veux pas que tu sois triste ! S'empressa de dire Hunter.

    Il se sentait ridicule. Mais, plongeant ses yeux dans les siens, il se sentit encore plus stupide lorsque les mots traversèrent la barrière de ses lèvres :

    - Est-ce que… tu veux bien… rester jusqu'à ce que je m'endorme ?

    Dieu se redressa, surpris. Les joues de Hunter rosirent alors qu'il baissait les yeux.

    - Je fais… des cauchemars depuis que j'ai tué Armand… je n'arrive pas à oublier son nom… c'est stupide. Murmura-t-il.

    - Je ne trouve pas. Répondit l'apparition.

    - Je rêve de sa famille des fois… il avait peut-être une femme… une mère qui le pleure… je n'aime pas ça… ces cauchemars… ces gens qui devraient me haïr…

    - Je suis là. Chuchota l'ingénu.

    Il glissa ses doigts dans les cheveux de l'adolescent et le regarda tendrement alors que Hunter fermait les yeux.

     

    Lorsque Hunter se réveilla, le lendemain, le corps à ses côtés avait disparu. Mais il avait très bien dormi. Peut-être que c'était même la première fois de sa vie qu'il dormait aussi bien.

    De ce fait, il était presque triste de ne plus avoir Dieu à ses côtés. Il aurait pourtant tellement voulu être près de lui…

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